Raffineries en France : combien, quelles capacités, et pourquoi on importe notre gazole

Raffineries en France : combien, quelles capacités, et pourquoi on importe notre gazole

Au 1er janvier 2026, la France métropolitaine compte 6 raffineries de pétrole en activité, pour une capacité totale de 58 millions de tonnes de brut par an. Une septième raffinerie fonctionne en Martinique. Ce parc, conçu il y a plusieurs décennies pour produire de l'essence, couvre environ 90 % des besoins français en essence mais seulement la moitié de ceux en gazole. En 2024, la France a importé 17,1 millions de tonnes équivalent pétrole de gazole routier, pour 0,9 million exportées.

Combien de raffineries en France en 2026 ?

Le Comité professionnel du pétrole (CPDP) recense six raffineries dotées d'une distillation atmosphérique en métropole. Trois sont exploitées par TotalEnergies, les trois autres par North Atlantic, qui a racheté Esso France en novembre 2025, par Petroineos et par Rhône Energies, consortium formé par Entara et Trafigura, qui a repris le site de Fos-sur-Mer à Esso en novembre 2024.

RaffinerieDépartementExploitantCapacité (Mt/an)
Gonfreville-l'OrcherSeine-MaritimeTotalEnergies12
Port-Jérôme-GravenchonSeine-MaritimeNorth Atlantic12
DongesLoire-AtlantiqueTotalEnergies11
Lavéra (Martigues)Bouches-du-RhônePetroineos9,9
Fos-sur-MerBouches-du-RhôneRhône Energies6,6
FeyzinRhôneTotalEnergies5,6
Raffinerie des AntillesMartiniqueSARA0,8

La plupart de ces sites sont installés près des grands ports (Le Havre, Marseille, Nantes-Saint-Nazaire) pour recevoir le pétrole brut par la mer. Deux anciennes raffineries de TotalEnergies ont par ailleurs été reconverties : La Mède (Bouches-du-Rhône), devenue une bioraffinerie en 2019, et Grandpuits (Seine-et-Marne), transformée en plateforme « zéro pétrole ».

De 24 raffineries à 6 : un parc qui s'est réduit

La France comptait 24 raffineries en 1975. Plusieurs ont fermé après les chocs pétroliers, puis quatre autres entre 2010 et 2013 : Flandres, Reichstett, Berre et Petit-Couronne, dans un contexte de marges de raffinage très faibles. La Mède a cessé de traiter du pétrole brut en 2016, avant sa reconversion, puis Grandpuits a été transformée à son tour.

La capacité de raffinage a suivi la même pente : de 98 millions de tonnes en 2009 à environ 58 millions aujourd'hui, soit l'équivalent d'environ 1,15 million de barils par jour. Selon l'expert Francis Perrin, la France n'a plus construit de raffinerie depuis plusieurs décennies.

Ce que produisent les raffineries françaises

En 2025, les raffineries métropolitaines ont traité environ 47 millions de tonnes de pétrole brut, alors que la consommation intérieure de produits pétroliers était évaluée à 64,6 millions de tonnes. La capacité totale du parc, 58 millions de tonnes, reste elle-même inférieure à cette consommation.

L'activité s'est pourtant redressée. Selon le bilan énergétique 2025 du Service des données et études statistiques (SDES), l'activité des raffineries, orientée à la baisse depuis 2011 avec la fermeture de plusieurs sites, progresse à nouveau depuis 2022. En 2025, leur production nette a atteint 555 TWh, en hausse de 3,6 % sur un an. Pour l'alimenter, les importations de pétrole brut ont augmenté de 2,9 %, à 546 TWh. Ce brut venait principalement des États-Unis (22 %), du Kazakhstan (15 %), du Nigeria (12 %) et de Norvège (10 %).

Conséquence directe : les importations de produits raffinés ont reculé de 10,5 % et les exportations ont progressé de 9,2 %, si bien que les importations nettes de produits raffinés ont chuté de 24,5 % en un an. La France restait toutefois largement déficitaire : 401 TWh de produits raffinés importés pour 204 TWh exportés. Ces produits importés venaient surtout d'Europe (40 %), d'Arabie saoudite (14 %) et des États-Unis (13 %). La facture des produits raffinés et des biocarburants s'est établie à 12,9 milliards d'euros en 2025, en baisse de 28,9 %, contre 22,1 milliards pour le pétrole brut.

Pourquoi la France importe son gazole

Le déséquilibre tient d'abord à la diésélisation du parc automobile. Dès la fin des années 2000, une réponse ministérielle publiée à l'Assemblée nationale relevait que la consommation de gazole routier avait augmenté de 20 % depuis 2000, tandis que celle d'essence avait reculé de 35 %. En 2025, le gazole représentait encore 67 % des carburants routiers vendus en France.

Or une raffinerie ne peut pas choisir librement ce qu'elle produit. À partir d'une tonne de pétrole brut, les proportions d'essence et de gazole obtenues sont relativement constantes. Pour une tonne de brut distillée, les raffineurs ne recueillent qu'environ 30 à 40 % de distillats moyens (gazole, fioul domestique, kérosène), le reste se partageant entre produits légers comme l'essence et produits lourds. Des unités de conversion, comme l'hydrocraquage, permettent de transformer une partie des fractions lourdes, mais seulement dans certaines limites propres à chaque site.

Résultat : les raffineries françaises, conçues à l'origine pour maximiser la production d'essence, produisent trop d'essence et pas assez de gazole au regard de la demande nationale. La France exporte donc une partie de son essence et importe massivement du gazole. 

Combien de gazole la France importe-t-elle, et d'où ?

Le détail par produit n'est disponible que pour 2024 dans le bilan définitif du SDES. Cette année-là, la France a importé 17,1 millions de tonnes équivalent pétrole de gazole routier et n'en a exporté que 0,9 million, soit un déficit de 16,2 millions de tonnes équivalent pétrole pour ce seul carburant. En volume, l'UFIP Énergies et Mobilités chiffre les importations de 2024 à 25,1 millions de m³ de gazole, contre 5,3 millions de m³ d'essence et 7,3 millions de m³ de carburéacteur.

Origine du gazole routier importé (2024)Part
Europe39 %
Moyen-Orient33 %
États-Unis12 %
Inde9 %

La Russie ne figure plus parmi les fournisseurs depuis l'embargo européen sur les produits pétroliers raffinés russes, entré en vigueur le 5 février 2023. L'UFIP retient pour sa part une part de 28 % pour le gazole importé du Moyen-Orient en 2024.

2026 : une dépendance qui se paie à la pompe

La guerre au Moyen-Orient a frappé précisément le produit dont la France manque. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les pays du Golfe n'exportaient plus que 390 000 barils par jour de gazole en août 2026, un peu plus du quart de leur niveau d'avant-guerre, comme nous l'expliquons dans notre article sur le détroit d'Ormuz et les points d'étranglement pétroliers. Les raffineries du reste du monde tournent au maximum pour profiter de marges record, sans combler le manque.

L'écart se voit dès la sortie de raffinerie. Le 18 septembre 2026, la cotation internationale retenue par la Direction générale de l'énergie et du climat s'établissait à environ 89 centimes par litre pour le SP95-E10 contre 112 centimes pour le gazole, avant distribution et taxes. Le 20 septembre, le gazole a atteint un record à la pompe, à 2,4 € le litre en moyenne selon le calcul de prix-carburant.eu.

Dès mars 2026, le gouvernement avait demandé aux raffineurs d'augmenter leur production. Un représentant du secteur estimait alors cette marge de manœuvre à 2 à 3 % de capacité supplémentaire, sans certitude sur l'effet pour les prix. Les réserves d'urgence, elles, comprennent du gazole déjà raffiné, comme nous le détaillons dans notre article sur les stocks stratégiques de pétrole.

Sources

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