Le gazole est redevenu plus cher que l'essence parce que ses marges de raffinage ont explosé depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Du 5 au 11 octobre 2026, le gazole se vend en moyenne 2,330 €/L contre 2,124 € pour le SP95-E10, soit 20,6 centimes d'écart. Sur l'ensemble de 2026, l'écart moyen s'établit à −12,1 c€/L (E10 moins gazole), alors que le gazole coûtait 6,6 c€ de moins que l'E10 en 2025. Cette inversion n'est pas une première : elle s'était déjà produite en 2022.
Pourquoi le gazole est devenu plus cher : raffinage et offre réduite
Selon le billet de la Banque de France, publié le 13 octobre 2026 avec des données arrêtées au 28 août, les prix des produits pétroliers ont augmenté d'environ 26 % entre février et août 2026. La hausse du crack spread moyen, c'est-à-dire l'écart entre le prix à terme du produit raffiné et celui du brut, a contribué à cette progression à hauteur d'environ 15 points, soit près de 60 % de la variation cumulée. Dans le panier retenu par l'Insee en 2026, le gazole routier pèse 49,3 % et les essences 44,7 %.
Le crack spread du gazole en Europe du Nord-Ouest atteint environ 50 $/baril en moyenne d'avril à juin, puis plus de 70 $/baril en juillet. Celui de l'essence est négatif en avril, puis passe à 23 $ en mai, 26 $ en juin et 40 $ en juillet. La Banque de France décrit donc un diesel tendu dès mars et une essence nettement touchée à partir de juin. Nos relevés montrent la même séquence côté pompe : un écart de −25,2 c€ en moyenne en avril (2,246 €/L pour le gazole contre 1,994 € pour l'E10), un resserrement à −3,0 c€ en juin, puis un nouvel élargissement dès juillet.
La Banque de France avance trois raisons à la tension sur le diesel. Le détroit d'Ormuz est fermé depuis le conflit entre les États-Unis et l'Iran, débuté le 28 février, ce qui a fortement réduit les exportations de brut et de produits raffinés du Golfe, dont de nombreux pays restent fortement dépendants. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries et les infrastructures d'exportation russes ont limité les livraisons de diesel russe. Enfin, « la demande de diesel est relativement peu sensible aux prix », car elle est liée au fret routier, au transport maritime et à l'agriculture. Sur les capacités de raffinage françaises et les importations de gazole, voir notre article sur les raffineries en France et nos importations de gazole.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, les raffineries ont traité environ 810 millions de barils de moins entre mars et août 2026 qu'un an plus tôt, soit 4,4 millions de barils par jour en moyenne et environ 4 % de la consommation mondiale. La Banque de France ajoute que ces tensions peuvent durer plusieurs mois après une normalisation du brut, et que des crack spreads élevés peuvent limiter la baisse à la pompe même si le Brent recule.
Comment lire l'écart entre gazole et E10
Dans cette analyse, l'écart se calcule comme le prix moyen de l'E10 moins celui du gazole, en centimes d'euro par litre (c€/L). Un écart positif signifie que le gazole est moins cher que l'E10, ce qui est le cas chaque année de 2009 à 2021 dans notre série. Un écart négatif signifie que le gazole est plus cher.
Nos moyennes sont calculées à partir de l'historique des prix déclarés par les stations et publié sur data.gouv.fr. Les chiffres peuvent donc différer légèrement d'autres séries de prix. Les années 2008 et 2013 ne figurent pas dans la série annuelle, et l'année 2026 est calculée sur les mois écoulés. Les courbes complètes sont sur notre page écart de prix entre gazole et E10.
Du gazole avantagé à l'inversion de 2022 et 2026
De 2009 à 2021, le gazole est moins cher que l'E10 chaque année de la série, avec un écart compris entre 4,6 c€ (2018) et environ 20 c€ en 2009. Ce chiffre de 2009 n'est qu'un repère approximatif : l'E10 n'a été lancé qu'au printemps 2009, ce qui rend cette première année peu comparable aux suivantes.
En 2022, la situation s'inverse : le gazole atteint 1,870 €/L en moyenne, contre 1,762 € pour l'E10, soit un écart de −10,8 c€. L'écart redevient positif dès 2023 (+5,6 c€), puis 2024 (+8,0 c€) et 2025 (+6,6 c€). En 2026, l'inversion revient avec un gazole à 2,060 €/L contre 1,939 € pour l'E10 : −12,1 c€, l'écart annuel le plus défavorable au gazole de notre série.
| Année | Gazole (€/L) | E10 (€/L) | Écart (c€/L) |
|---|---|---|---|
| 2022 | 1,870 | 1,762 | −10,8 |
| 2023 | 1,813 | 1,869 | +5,6 |
| 2024 | 1,717 | 1,797 | +8,0 |
| 2025 | 1,648 | 1,714 | +6,6 |
| 2026 | 2,060 | 1,939 | −12,1 |
2026 mois par mois : un écart qui se creuse depuis l'été
Dès avril 2026, le gazole est nettement au-dessus de l'E10 : 2,246 €/L contre 1,994 €, soit −25,2 c€. L'écart se resserre ensuite à −10,1 c€ en mai, puis à −3,0 c€ en juin (1,964 € contre 1,934 €), son niveau mensuel le plus faible de l'année.
Il s'élargit de nouveau à −8,9 c€ en juillet, −20,7 c€ en août et −20,4 c€ en septembre. En octobre, mois en cours, il atteint −21,2 c€ avec un gazole à 2,335 €/L et un E10 à 2,123 €.
Semaine par semaine : deux semaines seulement à l'avantage du gazole
Sur les 24 dernières semaines, l'écart n'est positif que deux fois : du 22 au 28 juin (+0,6 c€, avec 1,891 € pour le gazole et 1,897 € pour l'E10) et du 29 juin au 5 juillet (+0,7 c€, avec 1,889 € et 1,896 €). Les 22 autres semaines affichent un gazole plus cher que l'E10.
Dès la semaine du 6 au 12 juillet, l'écart redevient négatif (−1,8 c€) et se creuse rapidement : −8,4 c€, −14,0 c€, −19,2 c€, puis −20,6 c€ début août. Il culmine à −23,5 c€ du 21 au 27 septembre (2,365 € contre 2,130 €), avant de revenir à −20,6 c€ du 5 au 11 octobre.
| Semaine | Gazole (€/L) | E10 (€/L) | Écart (c€/L) |
|---|---|---|---|
| 15 → 21 juin | 1,932 | 1,919 | −1,3 |
| 22 → 28 juin | 1,891 | 1,897 | +0,6 |
| 29 juin → 5 juillet | 1,889 | 1,896 | +0,7 |
| 6 → 12 juillet | 1,943 | 1,925 | −1,8 |
| 14 → 20 septembre | 2,370 | 2,145 | −22,5 |
| 21 → 27 septembre | 2,365 | 2,130 | −23,5 |
| 5 → 11 octobre | 2,330 | 2,124 | −20,6 |
Le gazole a davantage monté que l'E10
Entre la semaine du 29 juin au 5 juillet et celle du 5 au 11 octobre, le gazole passe de 1,889 € à 2,330 €, soit +44,1 centimes. Sur la même période, l'E10 passe de 1,896 € à 2,124 €, soit +22,8 centimes. Le gazole a donc pris près de deux fois plus que l'E10, soit 21,3 centimes de plus : cette différence de hausse fait passer l'écart de +0,7 c€ à −20,6 c€. Son maximum hebdomadaire sur la période est de 2,370 €/L, atteint du 14 au 20 septembre.
Pour un automobiliste, la différence se mesure directement à la pompe : avec 20,6 c€/L d'écart, un plein de 50 litres de gazole coûte environ 10,30 € de plus qu'un plein d'E10 au prix moyen de la semaine du 5 au 11 octobre.
La fiscalité : un avantage historique qui s'est réduit
Historiquement, le gazole bénéficiait d'une taxation plus avantageuse que l'essence, avec une TICPE (ex-TIPP) plus basse, pour encourager l'achat de véhicules diesel. Cet avantage s'est réduit avec l'alignement progressif des taxes. Le détail figure dans notre article sur la composition du prix d'un litre de carburant.