L'OPEP+ : fonctionnement, quotas et effet réel sur le prix à la pompe

L'OPEP+ : fonctionnement, quotas et effet réel sur le prix à la pompe

L'OPEP+ est l'alliance qui réunit les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et d'autres grands producteurs menés par la Russie, soit 21 pays depuis le départ des Émirats arabes unis le 1er mai 2026. Elle fixe chaque mois des quotas de production, c'est-à-dire des plafonds, pas une production effective. Son influence sur le prix à la pompe passe par le coût du pétrole, qui ne représentait mi-septembre 2026 que 41,6 % du prix d'un litre de SP95-E10 et 49,1 % de celui du gazole. En 2026, la guerre au Moyen-Orient pèse d'ailleurs bien davantage sur les cours que les quotas du cartel.

OPEP et OPEP+ : qui en fait partie ?

L'OPEP a été fondée à Bagdad en septembre 1960. L'OPEP+ élargit cette organisation à des producteurs non membres, dont la Russie, qui coordonnent avec elle leur politique de production. Selon le rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de septembre 2026, l'alliance se compose ainsi :

GroupePays
Membres de l'OPEP soumis à quotasAlgérie, Arabie saoudite, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Irak, Koweït, Nigeria
Membres de l'OPEP exemptés de quotasIran, Libye, Venezuela
Pays non membres de l'OPEP associésRussie, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Oman, Mexique, Bahreïn, Brunei, Malaisie, Soudan, Soudan du Sud

La composition a changé en 2026. Les Émirats arabes unis ont annoncé le 28 avril leur départ de l'OPEP et de l'OPEP+, effectif le 1er mai, après 59 ans d'adhésion. Leur quota les plafonnait à 3,2 millions de barils par jour, bien en dessous de leur capacité de 4,85 millions, un désaccord ancien avec l'Arabie saoudite. Selon France Épargne, ce départ fait passer la part de l'OPEP dans la production mondiale sous les 30 % pour la première fois de son histoire.

Comment fonctionnent les quotas de l'OPEP+

Un quota est un droit de produire, pas une obligation. Relever un quota autorise un pays à produire davantage, mais ne dit rien de sa capacité réelle à le faire. En 2026, l'OPEP+ superpose deux niveaux de limitation :

Ce petit groupe compte désormais sept pays : l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman. Ils se réunissent chaque mois pour ajuster leurs objectifs. Une partie des volumes annoncés sert aussi à compenser des dépassements passés, certains pays ayant produit au-delà de leurs quotas.

2026 : des hausses de quotas, puis une pause

Le 2 août 2026, les sept pays ont décidé une hausse de 188 000 barils par jour pour septembre, dans la continuité des mois précédents. Les quotas de septembre se répartissaient ainsi :

PaysHausse (barils/jour)Quota de septembre 2026 (M barils/jour)
Arabie saoudite+62 00010,478
Russie+62 0009,949
Irak+26 0004,431
Koweït+16 0002,676
Kazakhstan+10 0001,628
Algérie+6 0001,007
Oman+5 0000,841

Cette hausse a achevé la levée des réductions volontaires de 1,65 million de barils par jour décidées en 2023. Réunis en visioconférence le 6 septembre 2026, les sept pays ont ensuite décidé, selon le communiqué de l'OPEP, de maintenir pour octobre la production requise de septembre, mettant fin à six mois consécutifs de hausses. Ils ont réaffirmé leur engagement à respecter pleinement la Déclaration de coopération, le texte fondateur de l'OPEP+, et fixé leur prochaine réunion au 4 octobre 2026. Le groupe prépare désormais la définition des quotas de 2027, en évaluant la capacité maximale de chaque pays.

Des quotas déconnectés de la production réelle

En 2026, les quotas pèsent peu face à la situation physique du marché. Selon l'AIE, plus de 10 millions de barils par jour de production du Golfe restaient à l'arrêt en août en raison des risques sécuritaires liés à la guerre et au quasi-blocage du détroit d'Ormuz. L'écart entre objectifs et production est spectaculaire :

Pays (août 2026)Production (M barils/jour)Objectif implicite (M barils/jour)
Arabie saoudite5,9710,42
Russie8,369,89
Irak3,864,40
Koweït2,042,66
Kazakhstan1,901,62

L'Arabie saoudite, pilier du cartel, produisait ainsi 4,45 millions de barils par jour de moins que son objectif. Parmi ces pays, seul le Kazakhstan dépassait le sien. L'AIE n'estimait plus qu'à 0,22 million de barils par jour la capacité de production disponible effectivement mobilisable au sein de l'OPEP+. Dans ce contexte, un relèvement de quota ne vaut que si les barils supplémentaires peuvent effectivement être extraits, chargés et acheminés. Pour comprendre ce blocage, consultez notre article sur le détroit d'Ormuz et les points d'étranglement pétroliers.

Quel effet réel sur le prix à la pompe ?

Les décisions de l'OPEP+ n'agissent que sur une partie du prix payé à la pompe : le coût du produit raffiné, qui dépend du prix du pétrole brut. Le reste est composé de taxes et de coûts de distribution qui ne dépendent pas du cartel. Au 15 septembre 2026, selon notre décomposition du prix des carburants, le litre se répartissait ainsi :

ComposantSP95-E10 (2,140 €)Gazole (2,351 €)
Prix du produit raffiné0,890 € (41,6 %)1,155 € (49,1 %)
Distribution0,12 € (5,6 %)0,12 € (5,1 %)
Certificats d'économies d'énergie0,09 € (4,2 %)0,09 € (3,8 %)
Accise0,6829 € (31,9 %)0,5940 € (25,3 %)
TVA0,357 € (16,7 %)0,392 € (16,7 %)

L'accise étant un montant fixe par litre, une variation du prix du brut ne se répercute qu'en partie à la pompe. Notre simulation montre qu'un baril passant de 85 à 40 dollars ferait baisser le SP95-E10 d'environ 1,70 € à 1,37 € le litre, soit bien moins que la chute du baril.

La crise de 2026 illustre aussi que le prix à la pompe dépend du marché des produits raffinés autant que du brut. Selon l'AIE, début septembre, le Brent s'échangeait autour de 105 dollars le baril, 45 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre, tandis que le gazole dépassait 200 dollars le baril aux États-Unis, 94 % au-dessus de son niveau d'avant-guerre. Les quotas de l'OPEP+ portent sur le pétrole brut, et n'ont aucune prise directe sur ce déséquilibre propre au gazole. Pour suivre l'évolution du baril, consultez notre page sur le prix du Brent.

Sources

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