Après l'annonce du 7 octobre 2026 par Sébastien Lecornu de la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques, une question revient : comment passe-t-on de ces volumes à une baisse de 12 à 18 centimes par litre ? Ce complément de notre article sur l'annonce du Premier ministre détaille une estimation de prix-carburant.eu, construite à partir de l'historique du cours du gazole à Rotterdam enregistré dans notre base.
Le cours du gazole à Rotterdam a doublé depuis février
Le gazole raffiné se négocie à Rotterdam, et son cours sert de repère au prix de gros. Dans notre base, il est passé de 0,530 €/L le 27 février 2026 à 1,067 €/L le 2 octobre 2026, soit une hausse de 101 %. La hausse s'est faite en quelques semaines : de 0,534 €/L le 2 mars à 1,008 €/L le 25 mars, soit environ 90 % en moins d'un mois. Le point haut de notre série est de 1,125 €/L, atteint le 21 septembre 2026.
| Mois de 2026 | Cours moyen du gazole à Rotterdam (€/L) |
|---|---|
| Février | 0,497 |
| Mars | 0,826 |
| Avril | 0,956 |
| Mai | 0,871 |
| Juin | 0,720 |
| Juillet | 0,819 |
| Août | 0,941 |
| Septembre | 1,063 |
Avant la crise, le cours moyen était de 0,463 €/L en janvier et de 0,497 €/L en février. Ce sont ces deux niveaux qui servent de repère « d'avant la crise » dans le calcul qui suit.
À la pompe, la hausse hors taxes suit celle de Rotterdam
Notre base contient aussi les prix moyens à la pompe publiés chaque semaine par l'UFIP. Entre le 27 février et le 2 octobre 2026, le prix moyen hors toutes taxes est passé de 0,810 €/L à 1,355 €/L, soit +54,5 centimes. Sur la même période, le cours Rotterdam a gagné 53,7 centimes. L'écart entre les deux hausses n'est que de 0,8 centime.
Le prix TTC moyen est, lui, passé de 1,701 €/L à 2,356 €/L, soit +65,5 centimes. Cette hausse correspond à la hausse hors taxes majorée de la TVA à 20 %. C'est un point important pour la suite : une variation du cours de gros se retrouve à la pompe multipliée par 1,2.
Notre méthode d'estimation en trois étapes
Le prix de revient réel des stocks cédés aux distributeurs n'est pas public. Le gouvernement indique seulement que ce gazole a été acheté avant la flambée des cours et qu'il sera cédé au prix de revient. Nous avons donc remplacé cette inconnue par un repère observable : le cours Rotterdam d'avant la crise.
- Le volume : 10 millions de barils × 159 litres = 1,59 milliard de litres, soit 1,59 million de m³.
- La part du marché : selon l'Ufip, les livraisons de gazole ont atteint 32 millions de m³ en 2025, soit environ 8 millions de m³ par trimestre. L'opération étant prévue sur trois mois, les 1,59 million de m³ représentent environ 19,9 % des livraisons de la période.
- L'écart de prix : on compare le repère d'avant la crise au cours Rotterdam du 2 octobre (1,067 €/L). On applique 19,9 % à cet écart pour obtenir une baisse moyenne hors taxe, puis on ajoute la TVA à 20 %.
Résultat avec les volumes de 2025 : une baisse moyenne de 12,8 à 14,4 centimes
| Repère d'avant la crise | Rotterdam (€/L) | Écart avec le 2 octobre | Baisse moyenne HT | Baisse moyenne TTC |
|---|---|---|---|---|
| Moyenne de janvier 2026 | 0,463 | 0,604 €/L | 12,0 c | 14,4 c |
| Moyenne de février 2026 | 0,497 | 0,570 €/L | 11,3 c | 13,6 c |
| 27 février 2026 | 0,530 | 0,537 €/L | 10,7 c | 12,8 c |
Selon ces hypothèses, la baisse moyenne se situe entre 12,8 et 14,4 centimes par litre TTC. Cela correspond au bas de la fourchette de 12 à 18 centimes annoncée. Pour un plein de 50 litres, l'économie serait de 6,40 € à 7,20 €.
Cette baisse représente environ un cinquième de la hausse de 65,5 centimes constatée à la pompe depuis fin février. La raison tient au volume : le stock ne couvre qu'une partie des livraisons de gazole sur trois mois, et son effet se dilue sur l'ensemble des litres vendus.
Le haut de la fourchette dépend du recul de la consommation
Notre calcul retient les livraisons de 2025. Or la consommation de carburants a nettement reculé depuis la flambée des prix. Selon les données des Douanes, les ventes de carburants routiers ont baissé de 11 % en avril et de 12 % en mai 2026 sur un an, comme nous l'expliquions dans notre article sur la chute de la consommation de carburant en mai. Plus les volumes vendus sont faibles, plus les 10 millions de barils pèsent dans les livraisons, et plus la baisse moyenne estimée augmente.
Nous avons donc fait varier le recul des livraisons de gazole par rapport à 2025, avec le repère de février (écart de 0,570 €/L).
| Recul des livraisons de gazole par rapport à 2025 | Livraisons sur trois mois | Part du stock | Baisse moyenne TTC |
|---|---|---|---|
| 0 % (hypothèse de base) | 8,0 millions de m³ | 19,9 % | 13,6 c |
| 12 % (recul des carburants routiers en mai) | 7,0 millions de m³ | 22,6 % | 15,4 c |
| 25 % | 6,0 millions de m³ | 26,5 % | 18,1 c |
Avec ce repère, une baisse de 12 centimes correspond à environ 17,6 % des livraisons : elle serait atteinte même avec des livraisons un peu supérieures à celles de 2025. Une baisse de 18 centimes correspond à environ 26 % des livraisons, soit un recul d'environ un quart du gazole livré. Selon le repère d'avant la crise retenu, ce recul nécessaire va de 20 % (moyenne de janvier) à 29 % (27 février).
Les reculs observés ne permettent pas de trancher. Les chiffres des Douanes portent sur l'ensemble des carburants routiers et non sur le seul gazole, et ils concernent avril et mai, alors que l'opération couvre trois mois à partir du 1er novembre. Le gouvernement a aussi évoqué des baisses plus fortes sur des périodes courtes : 30 % sur les dix premiers jours de mai 2026 selon des chiffres relayés par l'AFP, et 30 % entre le 11 et le 20 septembre par rapport aux dix premiers jours du mois selon le ministre David Amiel. Ces comparaisons n'ont pas la même base et ne sont pas des moyennes trimestrielles. Elles montrent que la consommation se contracte, mais pas quel sera le niveau des livraisons de gazole de novembre à janvier.
Ce que cette estimation ne permet pas de dire
Ce calcul est une estimation de prix-carburant.eu, et non une donnée officielle. Il repose sur ces 4 hypothèses :
- le prix de revient réel des stocks et leur date d'achat ne sont pas communiqués : le cours Rotterdam d'avant la crise n'est qu'un repère ;
- la baisse est supposée répartie sur l'ensemble du gazole livré, avec les volumes de 2025 comme base : un recul de la consommation depuis le printemps tendrait à augmenter la baisse estimée, sans qu'on sache de combien pour le seul gazole ;
- les modalités de répercussion chez les distributeurs ne sont pas détaillées : le Premier ministre doit rencontrer les distributeurs à Matignon pour organiser la mise en œuvre ;
Pour suivre les prix après le 1er novembre, notre page statistiques des prix des carburants en France permet de comparer le gazole jour après jour.
Questions fréquentes
Comment passe-t-on de 10 millions de barils à une baisse en centimes par litre ?
On convertit les barils en litres (1 baril = 159 litres), on rapporte ce volume aux livraisons de gazole sur trois mois (environ 19,9 %), puis on applique cette part à l'écart de prix entre le cours d'avant la crise et le cours actuel.
Quelle baisse estime prix-carburant.eu ?
Entre 12,8 et 14,4 centimes par litre TTC en moyenne, selon le repère d'avant la crise retenu (janvier, février ou 27 février 2026).
Pourquoi la baisse n'est-elle qu'un cinquième de la hausse depuis février ?
Parce que, avec les volumes de 2025, le stock ne couvre qu'environ 19,9 % des livraisons de gazole sur trois mois. Son effet est dilué sur l'ensemble des litres vendus.
Une baisse de 18 centimes est-elle cohérente avec ce calcul ?
Elle supposerait que le stock représente environ 26 % des livraisons de la période, contre 19,9 % avec les volumes de 2025, soit un recul d'environ un quart du gazole livré. Si le gazole reculait comme l'ensemble des carburants routiers (12 % en mai selon les Douanes), la baisse estimée serait d'environ 15 centimes.
Le prix de revient des stocks est-il connu ?
Non. Le gouvernement indique que le gazole a été acheté avant la flambée des cours et qu'il sera cédé au prix de revient, sans publier ce prix.