Le 5 octobre 2026, Amin Nasser, directeur général de Saudi Aramco, a averti que la pénurie de pétrole brut et de carburants raffinés devrait s'aggraver et que la reconstitution des stocks mondiaux pourrait prendre jusqu'à deux ans. Selon Reuters, il s'exprimait lors de la conférence Energy Intelligence à Londres. Près de 3 milliards de barils de pétrole ont été « perdus » depuis le début du conflit, et un milliard a déjà été prélevé sur les stocks.
Ce qu'a déclaré le PDG d'Aramco à Londres
Pour Amin Nasser, la situation ne peut pas s'améliorer tant que le détroit d'Ormuz n'est pas entièrement rouvert et que la confiance n'est pas rétablie : la pression s'intensifiera alors à la fois en amont et en aval de la chaîne pétrolière, c'est-à-dire du côté de la production comme de celui du raffinage et de la distribution. Même après une réouverture, reconstituer les stocks tout en répondant à la demande pourrait, selon lui, prendre jusqu'à deux ans.
Il s'agit, d'après Reuters, de son premier discours en personne depuis le début de la guerre contre l'Iran. Sa conclusion tient en une phrase : « Le système est déjà à bout de souffle. »
Près de 3 milliards de barils perdus, un milliard puisé dans les stocks
Le dirigeant d'Aramco chiffre l'ampleur du choc. Près de 3 milliards de barils de pétrole ont été « perdus » depuis le début du conflit, déclenché fin février 2026. Dans le même temps, un milliard de barils a été prélevé sur les stocks mondiaux, à titre de mesure d'urgence, pour amortir la pénurie.
D'après le compte rendu d'Aramco repris par plusieurs médias, le monde est entré dans cette crise avec environ 10 milliards de barils de stocks de pétrole. Les quelque 3 milliards de barils perdus représentent environ la moitié du brut et des produits qui transitent normalement par le détroit d'Ormuz sur la même période.
Pourquoi les 6 milliards de barils restants ne sont pas disponibles
La difficulté ne tient pas seulement au volume déjà consommé. La majeure partie des prélèvements effectués à ce jour provenait des stocks commerciaux. Il reste environ 6 milliards de barils en stockage, mais Amin Nasser précise qu'ils ne sont « pratiquement pas disponibles ».
Reuters rapporte que jusqu'à 90 % de ces volumes se trouvent dans des oléoducs ou sont nécessaires pour garantir le volume minimal permettant aux réservoirs de fonctionner. Autrement dit, le chiffre de 6 milliards de barils surestime la quantité de pétrole que le marché peut réellement mobiliser en cas de nouvelle perturbation.
Ce que représente la reconstitution des stocks pour la demande
Remplir à nouveau l'ensemble des stocks reviendrait à ajouter 2 millions de barils par jour de demande sur les 18 prochains mois, selon Amin Nasser. Le dirigeant indique par ailleurs que la capacité maximale de production de l'Arabie saoudite, de 12 millions de barils par jour, pourrait être rendue disponible en quelques jours, ses réserves stratégiques et la flexibilité de son système étant restées intactes.
Aramco étudie en outre de nouvelles routes d'exportation de brut et davantage de capacités de stockage à l'étranger afin de couvrir d'éventuelles perturbations de court terme.
Des stocks d'urgence déjà largement sollicités
Ces déclarations arrivent alors que les gouvernements ont déjà puisé dans leurs réserves. Le 2 octobre, les dirigeants du G7 ont décidé de libérer jusqu'à 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut sur une période de quatre mois, sans restriction d'exportation entre membres. En mars, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avaient déjà convenu de mobiliser 400 millions de barils de réserves d'urgence.
En France, ces réserves sont encadrées par une règle de 90 jours d'importations nettes et gérées pour l'essentiel par la SAGESS. Elles ne peuvent être libérées que sur décision de l'État, seul ou dans le cadre d'une action coordonnée de l'AIE : nous détaillons ce mécanisme dans notre dossier sur les stocks stratégiques de pétrole en France.
Le détroit d'Ormuz, au cœur du calendrier
Le calendrier évoqué par le PDG d'Aramco dépend d'une condition : la réouverture complète du détroit d'Ormuz et le retour de la confiance. Le blocage de ce passage stratégique pèse directement sur l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Pour comprendre pourquoi ce passage maritime joue un rôle aussi décisif, voir notre analyse sur le détroit d'Ormuz et les points d'étranglement pétroliers.