Dans son rapport mensuel publié le 14 octobre 2026, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avertit que les prix de gros du diesel en Europe pourraient de nouveau augmenter dans les prochaines semaines. Selon l'agence, le marché du gazole restera sous tension jusqu'en 2027, malgré la reprise de la production pétrolière du Golfe. Les stocks de diesel perdus ne devraient pas être reconstitués avant la seconde moitié de 2027.
Une offre mondiale encore inférieure à la demande
Les volumes disponibles ont gagné 2,5 millions de barils par jour (mb/j) pour atteindre 102,3 mb/j en septembre. Cette hausse vient d'un bond des exportations de brut du Golfe, mené par l'Arabie saoudite, à plus des trois quarts de leur niveau d'avant-guerre. L'offre reste toutefois légèrement sous la demande mondiale, estimée à environ 103,5 mb/j. Pour l'AIE, ce redressement des approvisionnements n'a donc pas suffi à résorber la pénurie de carburant, la production mondiale restant inférieure à la consommation.
Diesel : des prix encore près du double de ceux du brut
Les cours du diesel ont reculé par rapport aux records de septembre, quand ils dépassaient 120 dollars le baril. Les indices restent pourtant, selon l'AIE, « presque deux fois supérieurs au prix du pétrole brut et à leurs niveaux d'avant-crise ».
Deux facteurs continuent de peser sur l'approvisionnement en diesel :
- les exportations de carburant du Moyen-Orient sont tombées à moins de la moitié de leurs niveaux d'avant-guerre ;
- les raffineries russes sont frappées par des drones ukrainiens.
La hausse des coûts de transport maritime pourrait accentuer cette pression. L'AIE explique que les tensions du marché du fret de brut se sont étendues à d'autres catégories de navires : les prix du diesel rendu dans les grands marchés importateurs de gasoil (Europe, Afrique et Amérique latine) pourraient donc remonter dans les prochaines semaines. Pour suivre les prix du gazole à la pompe en France, consulte notre baromètre hebdomadaire.
Ormuz : une reprise jugée fragile
Le conflit, ouvert le 28 février par des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, est loin d'être terminé. Le régime iranien a resserré l'étau sur le détroit d'Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole mondial, et a récemment intensifié les attaques contre des navires dans la zone. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, frappent par ailleurs des sites pétroliers saoudiens. Pour l'AIE, « les nouvelles attaques dans le Golfe rendent la reprise fragile ».
Mardi, l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO a indiqué que des projectiles d'origine inconnue avaient touché un pétrolier et un porte-conteneurs dans le détroit. Mercredi tôt dans la matinée, le corps des Gardiens de la révolution islamique d'Iran a indiqué qu'un porte-conteneurs transportant plus de 2 500 conteneurs avait coulé au sud du détroit après avoir heurté une mine navale et pris feu. Il affirme que le navire empruntait une route non autorisée et met en garde les autres navires contre les dangers persistants dans ce goulet d'étranglement maritime.
Sur les marchés, le Brent a progressé d'environ 1 % mercredi en début de séance, dépassant brièvement 107 dollars le baril, avant de réduire ses gains et de se stabiliser autour de 106 dollars. Le WTI, la référence américaine, évoluait à peu près à l'équilibre, autour de 94,75 dollars le baril. Tu peux suivre l'évolution du cours sur notre page Brent.
Stocks de diesel : pas de reconstitution avant le second semestre 2027
L'AIE ne s'attend pas à ce que les stocks de diesel perdus soient reconstitués, au-delà des variations saisonnières habituelles, avant la seconde moitié de 2027.
Le G7 s'est engagé le 2 octobre à mettre sur le marché jusqu'à 100 millions de barils de stocks d'urgence via l'AIE, en priorité du diesel (le détail de cet engagement). Un document interne consulté par Euronews montre toutefois que cette promesse servirait à couvrir les barils encore dus au titre de l'engagement de 400 millions de barils pris en mars, dont 326 millions ont été livrés, plutôt qu'à s'y ajouter.
Demande : l'AIE et l'OPEP ne lisent pas 2027 de la même façon
L'AIE prévoit désormais que la hausse des prix et le ralentissement de la croissance réduiront la demande mondiale de pétrole de 2,6 mb/j cette année, à 102,4 mb/j, soit un peu plus que la baisse de 2,5 mb/j annoncée le mois dernier. Elle a aussi revu à la baisse le rebond attendu l'an prochain, à 2 mb/j contre 2,6 mb/j. La demande de 2027 resterait ainsi 0,6 % en dessous de celle de 2025, au lieu de la dépasser légèrement.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) affiche, elle, un ton plus optimiste. Mardi, elle a abaissé pour le sixième mois consécutif sa prévision de croissance de la demande en 2026, à 180 000 barils par jour contre 380 000. Elle a en revanche relevé son estimation pour 2027 à 2,55 mb/j contre 2,36 mb/j, en anticipant une reconstitution des stocks épuisés par la guerre.
Côté offre, la production de brut de l'OPEP+, qui inclut la Russie, a augmenté d'environ 900 000 barils par jour pour atteindre 39,07 mb/j en septembre. Les sept membres clés ont maintenu leurs objectifs pour novembre inchangés le 4 octobre, la plupart produisant en dessous de leurs quotas en raison de la guerre, et se réuniront de nouveau le 1er novembre.
À moins que les conflits dans la région ne soient réglés, « les marchés pétroliers pourraient connaître davantage de turbulences dans les mois à venir avant qu'un éventuel surplus n'apparaisse en 2027 », a mis en garde l'AIE, dont le conseil se réunit jeudi.