Le diesel russe ne reviendra pas par la grande porte en Europe. Lundi 12 octobre 2026, les Vingt-Sept ont validé un 22e paquet de sanctions visant Moscou, qui ajoute près de 1 600 entreprises et personnes à la liste des cibles. Le vote tombe trois jours après le changement de cap de Washington sur les importations de diesel russe, et il montre que les Européens ne suivront pas.
Ce que l'Union européenne a décidé lundi
Le nouveau paquet élargit le champ des mesures restrictives contre la Russie : près de 1 600 sociétés et individus supplémentaires sont concernés. Parallèlement, les Européens conservent leurs interdictions d'importer du pétrole brut et des produits raffinés d'origine russe. Ils condamnent d'une seule voix l'accord conclu entre Donald Trump et Vladimir Poutine, présenté dans notre article sur l'annonce américaine de livraisons massives de diesel russe.
Bruxelles refuse d'alléger la pression
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a réagi dès l'annonce américaine. Pour elle, lever les sanctions sur le diesel russe revient à offrir à Moscou des revenus supplémentaires pour financer la guerre, et le moment est mal choisi pour relâcher l'étau : « l'Europe ne le fera pas ». Elle a aussi rappelé que l'Europe mesure déjà les coûts cachés d'une dépendance excessive aux hydrocarbures russes et qu'elle ne veut pas nourrir l'effort de guerre contre l'Ukraine.
Quatre ans de sanctions, étape par étape
Le secteur de l'énergie est l'un des piliers de l'économie russe, et l'Union européenne l'a donc visé progressivement. Les grandes étapes rappelées par la source sont les suivantes :
- Décembre 2022 : embargo sur le pétrole brut russe livré par voie maritime.
- Trois mois plus tard : l'interdiction d'importer est étendue aux produits raffinés, dont le diesel, le kérosène et le fioul.
- En parallèle : interdiction faite aux armateurs et aux assureurs occidentaux de transporter ou d'assurer des produits raffinés russes vers d'autres économies lorsque leur prix dépasse 100 dollars le baril.
- Été 2025 : adoption du 18e paquet, appliqué depuis le 21 janvier 2026.
Une faille longtemps ouverte : le raffinage dans des pays tiers
Jusqu'au début de 2026, ce dispositif avait un angle mort. Du brut russe pouvait être transformé en Turquie, en Inde ou ailleurs, puis arriver sur le marché européen sous forme de produits finis, diesel compris, sans enfreindre la loi. Cela représentait plusieurs millions de tonnes. En juillet 2024, l'ONG Global Witness, s'appuyant sur les données de la société de cartographie Kpler, avait montré que l'Union importait davantage de carburant d'origine russe depuis une raffinerie d'Azerbaïdjan. Son responsable, Jonathan Noronha-Gant, parlait d'une « porte dérobée grande ouverte » pour le brut de Poutine.
Ce qui a changé le 21 janvier 2026
Le 18e paquet a interdit d'acheter, d'importer ou de transférer dans l'Union, directement ou indirectement, des produits raffinés dans un pays tiers à partir de brut russe. Entrée en application le 21 janvier 2026, cette règle cible précisément le contournement par le raffinage à l'étranger, et elle a nettement fait baisser les flux. La Commission européenne y voit un outil de plus pour que les États membres puissent intercepter des cargaisons suspectes, enquêter et bloquer les détournements. Sur le terrain, l'effet est visible : voir comment l'Inde a réorienté son diesel vers l'Afrique de l'Ouest après l'embargo européen.
Ce qui échappe encore au contrôle
Le dispositif n'est toutefois pas étanche. Dans une note publiée en juin, l'École d'économie de Kyiv (KSE) estimait que 50 000 barils par jour proviennent encore de raffineries qui n'ont pas de capacités de raffinage séparées et clairement identifiables entre brut russe et brut non russe. Elle citait en exemple l'opacité de deux sites turcs et d'une installation en Géorgie. C'est sur ce point que des ONG alertent aujourd'hui.
La position de la France
Le gouvernement français a été très direct lundi. Sa porte-parole, Maud Bregeon, a affirmé que « il n'y aura pas de carburant russe » demain dans les pompes françaises. Interrogée sur BFMTV, elle a précisé que l'État dispose des moyens de contrôler la traçabilité de l'ensemble des produits, bruts comme raffinés, qui transitent par la France et par l'Europe. Même la flambée des marchés de l'énergie ne pousse pas Paris, ni l'Union, à assouplir sa position. Pour comparer les prix du gazole autour de chez vous, la carte des stations gazole reste l'outil le plus simple.
Des recettes russes en recul malgré un brut cher
Les enjeux financiers expliquent la fermeté européenne : les recettes tirées de l'énergie représentent environ 20 % des recettes fiscales du budget russe. D'après les chiffres du ministère des Finances publiés le lundi 5 octobre, les revenus issus du pétrole et du gaz naturel ont reculé de 17 % sur les neuf premiers mois de l'année, alors même que le cours du brut a atteint des sommets. De son côté, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a jugé sur X que la Russie était plus faible sur le champ de bataille qu'à n'importe quel autre moment de la guerre, et que les cadeaux faits à Vladimir Poutine n'apporteraient ni la paix ni aucun bénéfice au monde civilisé.