Les exportations indiennes de diesel vers l'Afrique de l'Ouest ont bondi, bouleversant les cartes du commerce pétrolier mondial. Ce changement de stratégie intervient suite à l'interdiction, par l'Union européenne, des carburants fabriqués à partir de pétrole brut russe. Selon les données de transport maritime de Kpler et Vortexa, l'Inde a totalement stoppé ses livraisons de diesel vers l'UE ce mois-ci, préférant orienter une quantité record de carburant vers les marchés ouest-africains.
Parallèlement, les exportations de diesel en provenance de Turquie vers l'Europe ont sensiblement ralenti au cours des derniers mois. Ces ajustements mettent en lumière l'impact des sanctions européennes visant à punir Moscou pour son invasion de l'Ukraine. Cette contrainte oblige les raffineries indiennes à trouver de nouveaux débouchés et vient perturber le modèle commercial lucratif de la Turquie, qui fournissait abondamment l'Europe en carburant.
Les données de Kpler révèlent que le pétrole brut russe constituait une part essentielle des importations de l'Inde (30 % en 2025) et de la Turquie (48 % l'an dernier). En conséquence, l'Inde n'a expédié aucun diesel vers l'UE en janvier, contre une moyenne de 137 000 barils par jour (bpj) en 2025, ce qui en faisait alors le troisième fournisseur du bloc. De son côté, la Turquie n'a exporté que 45 000 bpj vers l'UE en janvier, avant l'entrée en vigueur de l'embargo le 21 janvier, soit une forte baisse par rapport aux 87 000 bpj prévus initialement.
La nouvelle réglementation européenne autorise uniquement les importations de carburant en provenance de raffineries capables de séparer le pétrole brut russe. À défaut, une raffinerie ne doit avoir importé aucun brut russe lors des 60 jours précédant la date de connaissement d'une cargaison pour continuer à exporter vers l'UE.
En Turquie, la raffinerie Star (propriété de la société d'État azerbaïdjanaise Socar), principal exportateur turc, a continué d'importer du pétrole russe en janvier. En revanche, le géant Tupras a interrompu en novembre les importations de brut russe à son site d'Izmir, bien que son site d'Izmit ait continué de recevoir de l'Ural ce mois-ci.
La Turquie n'est pas naturellement un grand consommateur de diesel ; elle importe du diesel russe pour son marché intérieur et vend du diesel produit localement en Europe. La nouvelle interdiction de raffiner le diesel devrait freiner cette activité ».
Pour compenser la perte du marché européen, les exportations de diesel indien vers l'Afrique de l'Ouest ont atteint un niveau record en décembre, s'établissant à environ 155 000 bpj. Les prévisions de Kpler tablent sur 84 000 bpj pour le mois de janvier 2026. Face à ce bouleversement, les pays de l'UE se sont tournés massivement vers les États-Unis et le Moyen-Orient, dont les importations ont atteint un niveau record sur trois mois, assurant ainsi leur diversification avant l'embargo.
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