Carburants marins : flambée des non-conformités dans les grands ports mondiaux

Carburants marins : flambée des non-conformités dans les grands ports mondiaux

Un nouveau rapport publié par Lloyd's Register met en lumière une hausse marquée des incidents liés à la qualité des carburants marins au second semestre 2025. À travers son service Fuel Oil Bunker Analysis and Advisory Service (FOBAS), la société de classification britannique observe une augmentation significative de la fréquence et de la gravité des cas de non-conformité dans plusieurs des plus grands centres de soutage au monde.

La concentration des incidents s’est particulièrement intensifiée dans des ports stratégiques tels que Singapour, Rotterdam, Anvers, Hong Kong et Port Klang. Le mois de décembre 2025 a enregistré le plus grand nombre mensuel de cas de non-conformité de l’année civile, confirmant une tendance à la dégradation progressive de la qualité des approvisionnements en fin d’exercice.

Les problèmes identifiés concernent principalement des teneurs excessives en soufre, la présence de particules catalytiques extrêmement fines susceptibles d’endommager les moteurs, des niveaux élevés de sédiments ainsi qu’une quantité d’eau supérieure aux seuils recommandés. Ces défauts techniques peuvent entraîner des pertes de performance, des arrêts imprévus et des risques accrus pour la sécurité des navires.

La dégradation ne touche pas uniquement le fioul lourd. Le gazole marin présente également des anomalies préoccupantes. Dans plusieurs ports européens comme Civitavecchia, Lisbonne et Palerme, certains échantillons ont affiché un point d’éclair compris entre 47 °C et 55 °C, nettement en dessous du minimum de 60 °C exigé par la convention SOLAS. Un point d’éclair insuffisant augmente le risque d’inflammabilité et constitue une infraction réglementaire majeure.

Selon Lloyd’s Register, certaines non-conformités pourraient être liées à l’introduction de gazole terrestre dans la chaîne d’approvisionnement maritime. Cette pratique, volontaire ou accidentelle, perturberait les caractéristiques physico-chimiques du carburant livré aux navires. Le rapport recommande donc un renforcement des procédures de vérification des fournisseurs ainsi que des tests de laboratoire systématiques, notamment pour le contrôle du point d’éclair.

L’année 2026 s’annonce particulièrement sensible pour le marché européen des carburants marins. L’extension du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne et l’entrée en vigueur des exigences FuelEU Maritime ajoutent une complexité supplémentaire à un environnement déjà instable. L’arrivée progressive de nouveaux mélanges, de biocarburants et de carburants alternatifs multiplie les variables techniques à maîtriser et accroît le besoin de surveillance rigoureuse à bord.

Murray Kirkwood, consultant carburant chez Lloyd’s Register, souligne que la concentration d’incidents en fin d’année 2025 reflète la volatilité persistante de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Même si une majorité des carburants analysés demeure conforme, l’ampleur et la gravité des cas recensés réduisent considérablement la marge d’erreur pour les armateurs et exploitants.

Dans un contexte de transition énergétique accélérée et de pression réglementaire croissante, la gestion proactive des carburants devient un enjeu stratégique. Les opérateurs sont désormais confrontés à la nécessité d’appliquer des protocoles de contrôle plus stricts, d’intensifier l’échantillonnage et de renforcer les audits fournisseurs afin de sécuriser leurs opérations et de limiter les risques techniques, financiers et réglementaires.

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