La pollution de l’air intérieur liée à la cuisson des aliments demeure un défi sanitaire majeur dans les environnements urbains à faibles ressources. Une étude menée dans le quartier informel de Kibera, à Nairobi, a évalué les impacts énergétiques et environnementaux de quatre combustibles domestiques couramment utilisés : le charbon de bois, le kérosène, le gaz de pétrole liquéfié (GPL) et l’électricité.
Kibera, l’un des plus grands établissements informels d’Afrique, se caractérise par une forte densité de population, des habitations mal ventilées et des infrastructures de gestion des déchets insuffisantes. Dans ce contexte, l’usage de poêles à charbon inefficaces et de kérosène expose les ménages à des concentrations élevées de polluants atmosphériques.
Des mesures en conditions réelles
L’étude a reposé sur des tests de cuisson participatifs réalisés dans trois foyers, couvrant les repas du petit-déjeuner et du dîner. Les chercheurs ont mesuré en temps réel les concentrations de monoxyde de carbone (CO), de dioxyde de carbone (CO₂) et de particules fines (PM2,5) avant, pendant et après la préparation des repas.
Quel que soit le combustible utilisé, la cuisson a entraîné une augmentation mesurable de la pollution intérieure. Toutefois, les écarts entre les sources d’énergie se sont révélés significatifs.
Charbon et kérosène : des niveaux alarmants
Le charbon de bois et le kérosène ont produit les concentrations les plus élevées de gaz et de particules. Le charbon de bois a généré des niveaux de monoxyde de carbone dépassant les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé, exposant les habitants à des risques accrus d’intoxication et de maladies respiratoires.
La concentration ambiante moyenne de PM2,5 dans les habitations étudiées atteignait 213 μg/m³. Ce niveau est environ 14,2 fois supérieur à la valeur guide de 15 μg/m³ recommandée par l’OMS pour une exposition de 24 heures. Cette situation indique que les résidents vivent en permanence dans un environnement où la qualité de l’air dépasse largement les normes sanitaires internationales.
GPL et électricité : des alternatives plus propres et plus rapides
À l’inverse, le GPL et l’électricité ont généré des concentrations nettement plus faibles de CO, CO₂ et PM2,5, sans différence significative entre ces deux sources. En termes de performance énergétique, le GPL s’est distingué par les temps de cuisson les plus courts, avec une moyenne de 19 minutes pour le petit-déjeuner et 32 minutes pour le dîner, ce qui en fait l’option la plus rapide parmi les combustibles étudiés.
Ces résultats mettent en évidence le potentiel du GPL et de l’électricité pour réduire à la fois l’exposition aux polluants et le temps consacré à la préparation des repas, un facteur important dans les ménages à faibles revenus.
Enjeux pour les politiques publiques
Au-delà de l’aspect sanitaire, cette étude souligne les implications climatiques et énergétiques du choix des combustibles de cuisson dans les quartiers urbains défavorisés. La transition vers des sources d’énergie plus propres pourrait contribuer à améliorer la santé publique, réduire les émissions de gaz à effet de serre et renforcer la résilience énergétique des populations vulnérables.
Cependant, l’accessibilité financière, la disponibilité des infrastructures et la stabilité de l’approvisionnement restent des obstacles majeurs. Les résultats plaident pour des politiques intégrées associant santé, énergie et climat afin d’encourager l’adoption de solutions de cuisson plus propres dans les environnements urbains à ressources limitées.
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