Face à la flambée des prix des carburants, Emmanuel Macron a multiplié les initiatives ces derniers jours, à Bruxelles comme à New York, pour tenter de desserrer les tensions sur l'approvisionnement en pétrole et alléger la facture à la pompe.
Une lettre à Ursula von der Leyen pour assouplir les règles sur les raffineries
Le président de la République française a envoyé, vendredi 18 septembre 2026, une lettre à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Selon Le Parisien, Emmanuel Macron y évoque des « difficultés croissantes » dans la livraison de produits pétroliers pour les prochaines semaines et avertit d'une possible baisse de 4 à 5 % de la capacité mondiale de raffinage.
Le chef de l'État identifie cinq actions urgentes. La première consiste à assouplir les spécifications techniques de qualité du gazole et du kérosène, en vigueur depuis la directive européenne de 1998 : un levier qui devrait, selon l'Élysée, améliorer l'efficacité des raffineries de 5 à 20 %. La deuxième vise à augmenter la part de biocarburant dans le gazole, en passant du B7 au B10 (de 7 % à 10 % de biodiesel), une possibilité déjà permise par la réglementation européenne RED III. La troisième, jugée la plus significative, demande de reporter d'un an l'entrée en vigueur du mécanisme de reporting sur les émissions de méthane imposé aux importateurs d'hydrocarbures.
Ce règlement européen 2024/1787, en vigueur depuis août 2024, impose qu'à partir du 1er janvier 2027, les importateurs de pétrole, de gaz ou de charbon démontrent que leurs contrats respectent des normes de suivi des émissions de méthane équivalentes à celles de l'Union européenne. C'est précisément cette échéance que la lettre présidentielle demande de repousser. Les deux dernières mesures portent sur le renforcement des achats collectifs de gaz à l'échelle européenne et sur une accélération de l'électrification, avec une invitation à une utilisation modérée du gaz naturel, notamment pour le chauffage domestique.
L'Élysée a confirmé l'authenticité de ce courrier, affirmant vouloir donner une impulsion coordonnée à Bruxelles afin de protéger la compétitivité du secteur énergétique et le pouvoir d'achat des Français.
Une rencontre avec Donald Trump à New York
Le lendemain, lundi 21 septembre 2026, Emmanuel Macron s'est entretenu avec Donald Trump dès son arrivée à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le président français a qualifié cette discussion de « très constructive » et y a présenté plusieurs pistes pour enrayer l'envolée des prix du pétrole.
Selon l'AFP, Emmanuel Macron a évoqué une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du commerce mondial d'hydrocarbures. Une source diplomatique a précisé que des États membres de l'ONU pourraient participer à la sécurisation du trafic maritime dans ce détroit, ce qui permettrait aux États-Unis et à l'Iran de poursuivre leurs discussions sur d'autres sujets, notamment le programme nucléaire iranien.
Le président français a également indiqué que la France était prête à œuvrer à la sécurisation d'infrastructures pétrolières saoudiennes visées par les rebelles Houthis, dans une approche qu'il a qualifiée de « strictement défensive ». Sont notamment concernés la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge, et l'oléoduc Est-Ouest, voie d'exportation cruciale pour le brut saoudien. Une source diplomatique a toutefois précisé qu'il ne s'agissait « aucunement de prendre part au conflit avec les Houthis ».
Emmanuel Macron a par ailleurs évoqué avec Donald Trump la nécessité d'aider « encore plus vite et plus fort » l'Ukraine en missiles intercepteurs, ainsi que des initiatives possibles pour instaurer un moratoire sur les questions énergétiques.
Des aides intérieures également à l'étude
Ces démarches internationales interviennent alors que le gouvernement français devait se réunir lundi 21 septembre pour examiner de nouvelles mesures face à la flambée des prix à la pompe. Parmi les pistes étudiées figure la révision de l'aide aux « grands rouleurs », un dispositif de 100 euros destiné aux salariés parcourant au moins 15 kilomètres par trajet domicile-travail ou plus de 8 000 kilomètres par an, sous conditions de revenus. Sur trois millions de bénéficiaires potentiels, 1,5 million en ont fait la demande à ce jour. Bien que la mesure devait s'achever le 30 septembre, le ministre du Pouvoir d'achat Serge Papin a annoncé qu'elle ne serait pas interrompue, avec un nouveau dispositif envisagé à partir du 1er octobre pour les travailleurs les plus précaires.
Le gouvernement a en revanche exclu, pour l'instant, une réduction générale des taxes sur le carburant, jugée trop coûteuse : le dispositif de remise appliqué en 2022 avait représenté une dépense de 7,6 milliards d'euros, une charge jugée incompatible avec un déficit public prévu à 5,4 % du PIB.