Les primes d'assurance « risque de guerre » des pétroliers sont passées d'environ 0,25 % de la valeur du navire à 3 à 10 % depuis fin février 2026, mais leur poids direct sur le prix du litre reste limité : entre 1,4 et 4,7 centimes par litre TTC pour des primes de 3 à 10 %, d'après nos calculs. L'essentiel de la hausse du gazole vient de la marge de raffinage, pas de l'assurance seule.
Ce que les assureurs facturent aujourd'hui
Avant la guerre, la prime de risque de guerre pour un pétrolier dans le Golfe représentait environ 0,25 % de la valeur de la coque, soit 250 000 dollars pour un navire de 100 millions. Selon Marsh, elle s'établit désormais entre 3 % et 10 %, soit 3 à 10 millions de dollars pour le même navire. Début mars, plusieurs assureurs (Gard, Skuld, NorthStandard, London P&I Club, American Club) ont annulé la couverture guerre à compter du 5 mars, obligeant les armateurs à en souscrire une nouvelle à un tarif bien supérieur.
Côté assureurs, le rapport de force est tendu : selon David Osler, de Lloyd's List, les sinistres liés au conflit ont coûté environ 2 milliards de dollars sur plus de 70 dossiers.
Combien par baril ? Les estimations divergent
Les chiffres publiés vont de moins de 1 dollar à 10 dollars par baril, car ils ne mesurent pas la même chose :
- le Strauss Center illustre qu'une prime de 2 % de la valeur du navire pour 7 jours, répartie sur les 2 millions de barils d'un supertanker, représente environ 1 dollar par baril ;
- David Osler affirme que l'assurance guerre seule représente aujourd'hui 7 à 8 dollars par baril ;
- Patrick Pouyanné (TotalEnergies) chiffre à environ 10 dollars par baril le surcoût d'entrée et de sortie d'un pétrolier dans la zone, sans que le détail entre assurance et fret soit précisé.
Le chiffre de 7 à 8 dollars provient d'un seul expert cité dans la presse spécialisée et n'a pas été confirmé par une étude indépendante. Nous l'avons donc soumis à un calcul simple.
Notre calcul : taux de prime, coque et cargaison
Le coût par baril est égal au taux de prime multiplié par la valeur de la coque, divisé par le nombre de barils transportés. Avec la coque de 140 millions de dollars citée par Osler et une cargaison de 2 millions de barils, les résultats sont les suivants :
- 1 % : 0,70 $/baril, soit 0,47 c€/L TTC ;
- 3 % : 2,10 $/baril, soit 1,41 c€/L TTC ;
- 5 % : 3,50 $/baril, soit 2,35 c€/L TTC ;
- 10 % : 7,00 $/baril, soit 4,69 c€/L TTC.
Pour atteindre 7 à 8 dollars par baril, il faudrait donc une prime de 10 à 11,4 % de la valeur de la coque, c'est-à-dire le haut de la fourchette publiée par Marsh. Ce calcul suppose une seule période de couverture imputée à une seule cargaison.
De 10 dollars de baril aux centimes à la pompe
Pour convertir, nous avons calculé la répercussion d'une hausse de 10 dollars du baril, avec le taux de change du 7 octobre 2026 (1 euro = 1,1260 dollar) et la TVA de 20 %. La TICPE étant fixe par litre, elle n'augmente pas avec le brut. Résultat : 6,70 centimes par litre TTC, soit 6,27 à 6,73 centimes selon le taux de change observé sur douze mois.
Nous avons comparé ce chiffre aux variations réelles du prix moyen national à la pompe, hors taxes, sur les variations du Brent converti en euros. Le résultat observé est de 6,6 centimes TTC pour 10 dollars sur le gazole (variations sur 5 jours) et de 6,3 centimes pour le SP95 (variations sur 20 jours). La réaction se lit dans les cinq jours ouvrés : au-delà de dix jours, la corrélation mesurée est quasi nulle. Ces régressions reposent sur un historique de Brent qui commence au 30 juin 2025.
La marge de raffinage : l'essentiel de la hausse du gazole
La marge de raffinage correspond à l'écart entre le prix du produit raffiné à Rotterdam et le prix du brut converti en euros par litre. Elle regroupe le fret, l'assurance, la pénurie de produits raffinés et les marges des raffineurs : c'est donc un plafond pour l'effet assurance, jamais l'assurance seule.
- Gazole : 22,1 $/baril en moyenne du 1er janvier au 20 février 2026, contre 94,3 $/baril sur les 20 derniers jours ouvrés, soit +72,2 $/baril ;
- SP95 : 12,4 $/baril avant la guerre, contre 57,2 $/baril récemment, soit +44,8 $/baril.
Même avec une prime de 10 %, soit 7 dollars par baril, l'assurance équivaudrait à environ un dixième de la hausse de la marge du gazole. Selon l'AFP, Patrick Pouyanné attribue la tension sur le diesel à un cumul : le détroit d'Ormuz d'une part, et d'autre part l'efficacité des frappes ukrainiennes sur le système de raffinage russe. Il évalue à environ 3 millions de barils par jour les produits raffinés retirés du marché.
Les limites de cette analyse
Nos calculs reposent sur des hypothèses (coque de 140 millions de dollars, cargaison de 2 millions de barils, une seule période de couverture). La marge de raffinage de référence, calculée sur 37 jours de début 2026, était déjà de 37,8 $/baril en novembre 2025 pour le gazole, ce qui rend la base de comparaison approximative.