Le président américain a franchi un pas mardi 22 septembre : Donald Trump s'est déclaré favorable à une interdiction des exportations de diesel américain, alors que les prix des carburants ont flambé en raison de la guerre au Moyen-Orient. Une mesure qui ferait baisser la pression outre-Atlantique à court terme, mais qui pourrait priver l'Europe d'une partie de son approvisionnement en gazole au pire moment.
Ce qu'a dit Donald Trump
Interrogé par des journalistes lors d'une rencontre à New York avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président a expliqué avoir lui aussi plaidé pour cette option, résumée par la formule « Ne vendons pas notre diesel à l'étranger ». Il a mis en avant le volume de production américain, jugé important, et estimé que la mesure pourrait aussi avoir un léger impact sur le prix de l'essence ordinaire. Sur le calendrier, il a indiqué qu'une décision serait prise rapidement, dans un sens ou dans l'autre.
Il s'agit d'un changement de cap : ce soutien marque une inflexion pour une administration qui avait jusque-là résisté aux appels à restreindre les exportations de carburant. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé que l'administration étudie la faisabilité d'une interdiction totale ou partielle. Début septembre déjà, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright n'avait pas exclu cette piste, tandis que le secrétaire à l'Intérieur Doug Burgum évoquait une interdiction si elle permettait réellement de faire baisser les prix.
Un diesel à des niveaux records aux États-Unis
La pression politique s'explique par les prix à la pompe. Selon l'association automobile AAA, le diesel atteignait mardi un record moyen de 6,53 dollars le gallon, soit environ 3 dollars de plus qu'un an plus tôt, et 8,44 dollars en Californie. Ce montant correspond à 5,70 euros pour un gallon de 3,78 litres, soit environ 1,51 € le litre hors fiscalité européenne.
Le sujet est hautement politique, la flambée des prix faisant craindre aux républicains une défaite aux élections de mi-mandat début novembre. Le sénateur de l'Iowa Chuck Grassley a défendu un embargo sur le diesel au nom des agriculteurs et des routiers, et le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, s'est dit ouvert à cette option. Le camp républicain reste toutefois divisé : la sénatrice Lisa Murkowski doute qu'un bénéfice de court terme justifie de secouer les marchés mondiaux, et le sénateur John Cornyn a qualifié la mesure de gadget.
Pourquoi la mesure pourrait se retourner contre ses promoteurs
Les États-Unis disposent d'un excédent global. Ils sont exportateurs nets de distillats, avec une production d'environ 5,3 millions de barils par jour pour une consommation intérieure proche de 3,6 millions. Mais cet excédent est mal réparti : une interdiction pourrait faire baisser les prix sur la côte du golfe du Mexique, où se concentre le raffinage, sans forcément profiter au Nord-Est et à la côte Ouest, qui dépendent encore en partie des importations. Les flux de distillats du Golfe vers la côte Est ont atteint un record de 220 000 barils par jour en avril, ce qui ne couvre qu'environ 18 % de la consommation régionale.
L'industrie pétrolière s'y oppose. L'American Petroleum Institute estime qu'une interdiction ferait gonfler les stocks sur la côte du Golfe et obligerait les raffineries à traiter moins de brut, réduisant du même coup la production d'essence et de kérosène. L'économiste de l'énergie Philip Verleger a averti qu'une telle décision pourrait faire grimper les prix mondiaux du diesel jusqu'à 100 %.
L'Europe, première exposée
Pour le Vieux Continent, le calendrier est particulièrement défavorable. Selon un analyste du marché pétrolier, l'Europe serait dans ce cas particulièrement exposée et devrait se battre davantage pour obtenir des cargaisons de remplacement, ce qui pourrait encore faire monter les prix pour les Européens.
Les sources alternatives sont limitées. La production des pays du Golfe est fortement affectée par la guerre et le blocage du détroit d'Ormuz, tandis que la Russie s'apprête à prolonger l'interdiction de ses exportations de diesel au-delà de fin septembre. Selon l'ONG Transport & Environment, les exportations de diesel du Moyen-Orient et de Russie ont chuté de près de 75 % en août sur un an.
Les indicateurs de marché confirment la tension sur le gazole. L'écart entre le brut et le diesel vendu en gros a dépassé 100 dollars le baril début septembre, contre une fourchette habituelle de 10 à 30 dollars, signe d'une pénurie de produit raffiné. Le prix moyen pondéré du diesel dans l'UE a atteint 2,159 € le litre le 14 septembre, un plus haut depuis le début de la série de la Commission européenne en 2005. Pour suivre l'évolution pays par pays, notre comparatif des prix des carburants en Europe est mis à jour quotidiennement.
Un écart de hausse entre les deux rives de l'Atlantique
Le prix de l'essence payé par les automobilistes américains a progressé de 49 % entre février et septembre, plus du double de la hausse moyenne observée dans les 27 États membres de l'UE (24 %). Cet écart s'explique notamment par le poids de la fiscalité en Europe : les taxes représentent environ la moitié du prix payé en station, avec une part qui varie selon le niveau du prix hors taxes, ce qui amortit en pourcentage les variations du produit raffiné.