Stocks stratégiques : la Belgique libère 260 000 barils de gazole, la France en a engagé 10 millions

prix carburant Belgique

La Belgique va finalement puiser dans ses réserves stratégiques de carburant. Après avoir longtemps refusé, le pays a accepté de déstocker 260 000 barils de gazole routier, selon des informations publiées mardi 3 novembre 2026 par Le Soir et relayées par l'agence Belga. Cette décision intervient sous la pression des États-Unis et n'aura pas d'effet direct sur les prix à la pompe. La France, elle, a engagé un déstockage de 10 millions de barils de gazole avec un objectif affiché de baisse à la pompe.

Ce que la Belgique a accepté de libérer

Le cabinet du ministre fédéral de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), a indiqué au quotidien que la Belgique s'est engagée à participer à l'effort international de mise à disposition de stocks stratégiques de pétrole. Cet engagement s'inscrit dans l'action collective de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

La contribution belge s'élève à 35 000 tonnes de pétrole, sous la forme d'un équivalent en diesel routier. Le Soir précise que cela représente environ 260 000 barils. 

Un revirement après des mois de refus

Ce choix marque un changement de position. Le 11 mars 2026, alors que l'AIE appelait ses membres à une action collective volontaire, le ministre Mathieu Bihet avait fait savoir que la Belgique ne déploierait pas, pour le moment, sa réserve stratégique d'urgence. Il présentait ces stocks comme un mécanisme destiné à garantir la sécurité d'approvisionnement lorsqu'elle est menacée, et non comme un instrument de régulation des prix.

La presse belge avait ensuite rapporté que le gouvernement fédéral souhaitait conserver ces stocks d'urgence tant qu'aucune menace réelle de pénurie n'existait, plutôt que de s'en servir pour faire baisser temporairement les prix des carburants. Mise sous pression par les États-Unis, la Belgique s'est finalement engagée à contribuer.

L'action collective de l'AIE dans laquelle s'inscrivent ces décisions

L'AIE a annoncé le 11 mars 2026 la mise sur le marché de 400 millions de barils issus des stocks stratégiques de ses 32 pays membres, afin de contenir la flambée des prix provoquée par la guerre au Moyen-Orient. La décision avait été prise à l'unanimité. Il s'agit de la sixième action collective de ce type depuis la création de l'agence en 1974, après celles de 1991, 2005, 2011 et deux fois en 2022, et de la plus importante jamais décidée.

Dans une action collective, chaque pays contribue en proportion de son poids dans la consommation pétrolière totale des membres de l'AIE. Pour la France, cela correspondait à 14,5 millions de barils, selon les indications données par Emmanuel Macron à l'issue du sommet du G7 consacré à cette question. L'AIE avait aussi précisé que les contributions européennes prendraient en priorité la forme de produits raffinés, ce qui est le cas de la contribution belge, exprimée en diesel routier.

Au 2 octobre, environ 325 millions de barils avaient été libérés, soit un peu plus de 80 % de l'engagement de mars. Début octobre, les États membres de l'AIE se sont dits prêts, si nécessaire, à libérer davantage de réserves, gazole compris. L'agence a aussi indiqué que la libération intégrale des stocks promis mais non encore mis sur le marché ajouterait environ 100 millions de barils.

En France : 10 millions de barils de gazole et une baisse visée à la pompe

Le 7 octobre 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la mise à disposition des distributeurs de 10 millions de barils de gazole issus des réserves stratégiques, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur l'annonce de Lecornu. Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et il est cédé au prix de revient. Le gouvernement vise une baisse de 12 à 18 centimes par litre à partir du 1er novembre 2026, pendant trois mois.

Les distributeurs qui bénéficient de ce gazole doivent s'engager à répercuter les réductions à la pompe, et chaque station doit informer ses clients de la remise accordée. Des contrôles de la DGCCRF doivent porter sur le respect de cet affichage. Un premier déstockage a eu lieu le 28 octobre.

Au 1er novembre 2026, notre relevé de 17 h 05 sur 7 698 stations donne un prix moyen du gazole de 2,337 €/L, contre 2,373 € au relevé de la veille au soir. Sur les 30 marques suivies, 22 affichent un prix en baisse entre le 31 octobre et le 1er novembre, dont BP, E. Leclerc et Esso. Ces écarts mesurent l'évolution du prix moyen de chaque marque entre deux jours et ne permettent pas d'isoler la part liée au déstockage. Le détail figure dans notre analyse du 1er novembre par marque.

Le cadre des stocks stratégiques

La directive européenne 2009/119/CE oblige les États membres à maintenir des stocks minimaux de pétrole brut et de produits pétroliers. En Belgique, ces stocks sont gérés par l'agence fédérale APETRA, et leur finalité est d'y recourir en cas de difficultés ou de déficits d'approvisionnement, au niveau international comme national. Côté AIE, chaque membre doit détenir des stocks équivalant à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole, sous forme de stocks publics, de stocks industriels obligatoires ou de dispositifs équivalents.

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