Ce lundi matin, un concert de klaxons a retenti sur le pont du 25 Avril à Lisbonne, tandis qu'une opération escargot se dirigeait vers la raffinerie Galp de Sines. Entre 60 et 100 véhicules ont participé au mouvement, organisé sur les réseaux sociaux pour dénoncer une nouvelle flambée des prix des carburants au Portugal.
Le motif de la colère : selon l'Automóvel Club de Portugal, le diesel a bondi de 15 centimes lundi, à 2,169 €/l hors réduction fiscale exceptionnelle, un niveau jamais atteint dans le pays. L'essence, elle, retrouve son plus haut niveau depuis la crise énergétique de 2022.
Nos données confirment un écart déjà favorable... au Portugal
Sur notre comparateur pour le Portugal, le gazole s'établit aujourd'hui à 2,209 €/l en moyenne, en hausse de 12 centimes sur une semaine (+5,74 %). Comparé à nos relevés français, l'écart penche justement en défaveur de la France : le gazole y atteint 2,286 €/l, soit près de 8 centimes de plus qu'au Portugal. Sur l'essence SP95 en revanche, l'écart est quasi nul : 2,168 €/l en France contre 2,170 €/l au Portugal.
Cette proximité illustre un mouvement de fond partagé dans toute l'Europe cet été : en Allemagne aussi, plusieurs stations dépassent les 3 €/l, et l'Italie détient toujours le record absolu du continent. Contrairement au Portugal, la France n'a pour l'instant connu aucune mobilisation comparable, malgré une hausse tout aussi marquée sur un an.
Une tension qui reste mesurée... pour l'instant
Notre Indice de Tension Carburant (ITC), qui mesure quotidiennement les ruptures, la hausse des prix et les disparités entre stations, s'établit ce 8 septembre à 34/100 en France, un niveau de « légère tension ». Sur les 10 640 stations suivies, 1 357 sont actuellement en rupture, soit 12,8 % du réseau — une proportion qui reste loin des niveaux observés lors des grandes pénuries passées, mais qui progresse depuis quelques jours.
La hausse des prix, elle, ne faiblit pas : d'après nos statistiques nationales, le gazole a repris 6,8 centimes en une semaine (+3,07 %) et grimpe de 38,72 % sur un an. L'essence SP95 progresse pour sa part de 6,5 centimes sur sept jours (+3,11 %).
Ormuz, raffinage et taxe exceptionnelle : les mêmes causes partout en Europe
Les spécialistes attribuent la flambée européenne au blocage du détroit d'Ormuz et aux limites de la capacité de raffinage, qui pèsent en particulier sur le diesel. Sur le plan politique, six pays de l'UE — dont le Portugal, l'Allemagne et l'Italie — ont demandé qu'une taxe exceptionnelle sur les superprofits pétroliers soit débattue lors de la réunion des ministres des Finances des 18 et 19 septembre en Irlande. La France ne figure pas parmi les signataires de cette lettre.
Pourquoi la France reste-t-elle plus chère que le Portugal sur le gazole ?
Nos données montrent que le gazole français (2,286 €/l) dépasse toujours le gazole portugais (2,209 €/l), malgré la flambée locale outre-Pyrénées. L'écart s'explique par une fiscalité et des marges de distribution différentes, alors que les deux marchés subissent la même pression amont liée au brut et au raffinage.