Carburant en Corse : une quinzaine de stations fermées à Ajaccio, la préfecture écarte le risque de pénurie

Carburant en Corse : une quinzaine de stations fermées à Ajaccio, la préfecture écarte le risque de pénurie

Une quinzaine de stations-service sont fermées depuis ce week-end dans le secteur d'Ajaccio et du Grand Ajaccio, ainsi qu'une station supplémentaire dans le Sartenais, selon les informations communiquées par la préfecture de Corse. Ces fermetures entraînent des ruptures ponctuelles de carburant, notamment de sans-plomb, dans certaines stations de l'agglomération ajaccienne restées ouvertes.

Le mouvement concerne en priorité le réseau VITO, filiale du groupe Rubis, dont les stations de la région ajaccienne ont fermé leurs portes vendredi à partir de 17 heures. Le réseau ViTO compte au total 62 stations en Corse. Ces fermetures s'inscrivent dans un mouvement de protestation plus large : un collectif de distributeurs indépendants, qui réunit environ 60 stations sur les 130 que compte l'île, dénonce la politique tarifaire du groupe TotalEnergies.

À l'origine de cette contestation se trouve le plafonnement des prix mis en place par TotalEnergies depuis le 12 mars 2026, fixé à 1,99 €/L pour l'essence et 2,25 €/L pour le gazole. Contrairement au continent, la distribution de carburant en Corse est fortement concentrée autour de trois enseignes seulement : TotalEnergies, Eni et ViTO/Rubis. Pour les distributeurs indépendants affiliés à Eni ou ViTO, ce plafonnement crée une distorsion de concurrence : leur prix d'achat du carburant dépasse désormais le prix de vente pratiqué par l'opérateur intégré, rendant leur activité économiquement intenable.

Emboutillage chez Total

Sur le terrain, la concentration des fermetures dans le Grand Ajaccio a provoqué un report inhabituel des automobilistes vers les réseaux restés ouverts, entraînant une hausse de la demande. Selon la préfecture, certaines stations de l'agglomération peuvent ainsi manquer temporairement de carburant, en particulier de sans-plomb. Les services de l'État précisent toutefois qu'il ne s'agit pas d'un problème d'approvisionnement à l'échelle du territoire : ces ruptures ponctuelles doivent se résorber au fur et à mesure du réapprovisionnement des stations concernées.

La préfecture de Corse insiste sur la distinction entre trois situations bien différentes : la fermeture volontaire d'une partie des points de vente par les distributeurs indépendants, les ruptures temporaires provoquées par le report de clientèle vers les stations ouvertes, et une éventuelle pénurie généralisée à l'échelle de l'île — un scénario que les autorités écartent à ce stade.

Négociation dans l'air

Face à la poursuite du mouvement, le préfet de Corse, Éric Jalon, s'est dit disponible pour recevoir les représentants de ViTO et du groupe Rubis, dans l'espoir d'ouvrir la voie à des discussions. Les exploitants indépendants réclament une réponse concrète au déséquilibre qu'ils estiment subir face à la politique tarifaire de TotalEnergies. Pour l'heure, aucune date de réouverture générale des stations concernées n'a été annoncée par le réseau ViTO.

Le collectif des distributeurs indépendants met en garde sur la pérennité de leur activité : selon eux, l'incapacité à s'aligner sur les prix pratiqués par TotalEnergies pourrait à terme les contraindre à une fermeture totale et définitive, avec des répercussions financières et sociales pour leurs salariés. Ils estiment que le mécanisme de plafonnement permettrait à un groupe intégré, disposant de marges arrières sur l'ensemble de la chaîne de distribution, d'imposer un prix de vente que les distributeurs indépendants ne peuvent pas suivre sans vendre à perte.

Le litige de fond porte sur l'organisation même du marché corse des carburants. À la différence du continent, où la concurrence entre de nombreux distributeurs limite l'impact d'une politique tarifaire agressive d'un seul acteur, la Corse ne compte que trois enseignes actives. Un plafonnement décidé par l'une d'entre elles peut donc mécaniquement fragiliser les deux autres si leurs coûts d'approvisionnement ne suivent pas la même trajectoire de prix. Les professionnels indépendants réclament depuis plusieurs mois un encadrement plus large de cette politique tarifaire, afin d'éviter que les fermetures ponctuelles ne se transforment en fermetures définitives pour certains points de vente.

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