L’Argentine aux portes d’un basculement vers l’exportation de carburants

L’Argentine aux portes d’un basculement vers l’exportation de carburants

L’Argentine est en passe de transformer en profondeur son positionnement énergétique. Après des années de dépendance aux importations de carburants de transport, le pays pourrait accéder, dès les prochains mois, au statut d’exportateur net. Cette évolution repose sur une série de réformes structurelles engagées au cours de l’année écoulée, qui ont profondément modifié les équilibres entre offre et demande.

Ce tournant a été largement impulsé par les orientations économiques de l’administration du président Javier Milei, entrée en fonction à la fin de 2023. Toutefois, si les indicateurs actuels sont favorables, la durabilité de ce nouveau statut reste incertaine, dans un contexte régional marqué par des dynamiques changeantes de consommation et de concurrence.

La première rupture majeure concerne la fin progressive des subventions aux carburants. Pendant plusieurs décennies, ces mécanismes ont maintenu artificiellement bas les prix à la pompe, soutenant une demande élevée et favorisant les distorsions commerciales, notamment la contrebande vers les pays voisins. Leur suppression a entraîné une hausse sensible des prix domestiques, contribuant à modérer la consommation et à réduire les flux informels vers le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Les données officielles montrent que les ventes de diesel et d’essence ont atteint en moyenne 290 684 barils par jour entre janvier et octobre 2025. Ce volume reste légèrement supérieur à celui observé sur la même période en 2024 (+1 %), mais demeure nettement inférieur aux niveaux de 2023, avant l’arrivée de la nouvelle administration, avec un recul de près de 8 %.

Un autre levier déterminant a été la redéfinition du rôle de Cammesa, l’opérateur public du système électrique. Longtemps chargée de centraliser les achats de combustibles subventionnés pour les centrales thermiques, l’entreprise alimentait une demande structurelle de gazole importé. En recentrant Cammesa sur la seule gestion du réseau électrique, les autorités ont supprimé un pilier clé du soutien aux importations de combustibles liquides.

Cette réforme s’est accompagnée d’un basculement accéléré vers le gaz naturel dans la production d’électricité, principalement issu de la formation de schiste de Vaca Muerta, devenue l’axe central de la stratégie énergétique nationale. Entre 2023 et 2025, la consommation de gazole des centrales thermiques a chuté de 56 %, tandis que celle de gaz naturel a progressé de 13 %. Sur la même période, l’utilisation du fioul et du charbon s’est contractée de 82 % et 34 % respectivement.

Les énergies renouvelables complètent cette transformation. L’éolien et le solaire ont couvert environ 16 % de la demande électrique en 2024, contre 14 % un an plus tôt, et devraient atteindre près de 18 % d’ici fin 2025. Bien que secondaires par rapport au gaz naturel, ces sources contribuent à réduire encore la dépendance aux carburants liquides dans le mix électrique.

Des raffineries proches de leur capacité maximale

Du côté de l’offre, les raffineries argentines fonctionnent désormais à des niveaux élevés d’utilisation et investissent dans l’adaptation de leurs installations au pétrole brut léger issu de Vaca Muerta. YPF a engagé près de 600 millions de dollars sur trois ans pour moderniser sa raffinerie de Luján de Cuyo, d’une capacité de 120 000 barils par jour. L’ajout d’un réacteur d’hydrotraitement vise à produire un gazole à très faible teneur en soufre, limitée à 10 ppm, conformément au programme « Nouvelles spécifications des carburants », dont l’achèvement est prévu en 2026.

Cette raffinerie, deuxième plus importante du pays et représentant plus de 35 % des capacités de YPF, a produit en moyenne 17 094 barils par jour entre janvier et octobre, soit une progression de 3 % sur un an.

Pan American Energy, avec une production de 94 350 barils par jour, a également amélioré ses performances. Des opérations de maintenance menées début 2025 à la raffinerie de Campana ont permis d’optimiser ses capacités, tandis qu’un projet plus ambitieux est prévu à l’horizon 2029 avec l’installation d’une nouvelle tour de distillation adaptée aux bruts plus légers.

Ces investissements renforcent la compétitivité de l’Argentine sur les marchés régionaux, où la demande pour le diesel à très faible teneur en soufre et les essences premium est en hausse.

Les premiers flux d’exportation confirment cette tendance. Entre janvier et octobre 2025, Pan American Energy a livré près de 30 000 m³ au Paraguay et plus de 53 000 m³ à l’Uruguay. Pampa Energia a exporté environ 8 000 m³ d’essence premium vers le Paraguay, tandis que YPF a expédié 19 000 m³ vers l’Uruguay. Ces volumes restent modestes à l’échelle internationale, mais marquent une rupture significative pour un pays historiquement importateur net.

Une trajectoire encore fragile

Malgré ces avancées, plusieurs limites subsistent. Les capacités de raffinage restent contraintes et aucun projet d’expansion majeure n’est envisagé à court terme. La poursuite des exportations dépendra donc d’un maintien de la faiblesse de la demande intérieure, une condition susceptible d’être remise en cause par une reprise économique.

Par ailleurs, les marchés régionaux présentent une capacité d’absorption limitée, tandis que les carburants routiers renouvelables gagnent progressivement du terrain en Amérique latine, renforçant la concurrence.

À ce stade, l’Argentine semble engagée dans une redéfinition profonde de son rôle énergétique. Reste à savoir si ce nouveau modèle pourra s’inscrire durablement dans un environnement régional et économique en constante évolution.

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