Renault a décidé de ralentir le déploiement de son réseau de bornes ultra rapides Mobilize Fast Charge. Annoncé fin novembre 2025, ce coup de frein intervient alors que le constructeur visait jusqu’à 650 stations de recharge en Europe d’ici 2028, avant que la nouvelle direction ne choisisse de revoir la stratégie d’ensemble.
Un réseau Mobilize qui devait monter en puissance
Le réseau Mobilize Fast Charge a été conçu comme un atout stratégique pour accompagner la montée en puissance de la voiture électrique dans le groupe Renault. Au printemps 2025, l’objectif affiché était d’installer environ 650 stations de recharge rapide en Europe à l’horizon 2028, notamment en France, en Belgique, en Espagne et en Italie.
En France, les bornes sont déployées en priorité sur le foncier des concessions Renault, généralement situées à quelques minutes des grands axes routiers, parfois complétées par des installations sur des parkings d’hôtels. Fin novembre 2025, le groupe indique disposer de plus de 60 stations opérationnelles sur le territoire, avec 61 stations en service et 67 attendues d’ici la fin de l’année.
Chaque station Mobilize Fast Charge est pensée comme un hub de recharge haute puissance, avec plusieurs points de charge rapide et, dans de nombreux cas, un espace d’accueil dédié offrant des services de base : toilettes, boissons, coin détente et parfois espace de travail. Les fiches officielles présentent des puissances pouvant atteindre 320 kW et la promesse de récupérer jusqu’à environ 400 km d’autonomie en un quart d’heure, selon les conditions.
Une pause décidée par la nouvelle direction de Renault
Selon les informations publiées par la presse spécialisée et confirmées par le constructeur, le nouveau dirigeant du groupe, François Provost, a décidé de geler l’ouverture de nouvelles stations. Il ne s’agit pas d’abandonner Mobilize Fast Charge, mais de prendre le temps d’évaluer précisément le modèle économique et la trajectoire de rentabilité du réseau dans un contexte d’investissements très lourds.
Renault annonce ainsi vouloir se concentrer sur la valorisation du réseau existant. En France, la feuille de route évoque un objectif d’environ 95 stations d’ici fin 2026, sans nouveau chiffre cible communiqué à l’horizon 2028. Le constructeur préfère désormais parler d’ajustement du plan de déploiement plutôt que de course au nombre de bornes.
Un point est clairement martelé : la mobilité électrique reste au cœur de la stratégie du groupe. Les solutions de recharge, y compris les stations Mobilize Fast Charge, sont présentées comme une priorité pour l’expérience client et pour les ventes de véhicules électriques. Il n’est pas question de vendre cette infrastructure ni de sortir du marché de la recharge, mais de ralentir le rythme d’ouverture pour mieux calibrer les investissements.
Un modèle économique mis à l’épreuve
La décision de Renault illustre les défis auxquels sont confrontés les opérateurs de recharge rapide. Déployer des bornes haute puissance, jusqu’à 320 kW dans le cas de Mobilize, suppose des coûts de génie civil, de raccordement au réseau, d’acquisition de matériel et de maintenance qui peuvent se chiffrer en centaines de milliers d’euros par station.
Or, le groupe constate que le nombre moyen de recharges par jour et par station reste inférieur aux attentes initiales. En clair, le taux d’usage ne permet pas encore partout de valider la rentabilité attendue, alors même que la concurrence se renforce avec de nombreux acteurs spécialisés dans la recharge rapide, des réseaux d’enseignes commerciales et des alliances entre énergéticiens et opérateurs.
À cela s’ajoute un contexte européen contrasté : dans plusieurs pays, les ventes de voitures électriques progressent moins vite qu’anticipé. La dynamique reste positive, mais la croissance n’est pas aussi explosive que certains scénarios le laissaient espérer. Résultat : les volumes de recharge n’augmentent pas toujours au même rythme que les capacités de bornes installées, ce qui pèse mécaniquement sur les comptes des réseaux les plus ambitieux.
Une stratégie plus ciblée, en France comme en Europe
Plutôt qu’une expansion tous azimuts, Renault privilégie désormais une approche plus ciblée. En France, la priorité est donnée à la montée en puissance des stations déjà en place : amélioration de la disponibilité, réduction des pannes, fluidification de l’accès, intégration plus poussée dans le parcours client des véhicules électriques de la marque.
À l’international, Mobilize continue de se positionner sur la recharge, mais avec des leviers complémentaires. En Italie, par exemple, la filiale a investi dans un réseau de bornes situées sur les autoroutes en prenant une participation dans Free To X, opérateur de recharge rapide du réseau Autostrade per l’Italia, avec des puissances pouvant atteindre 400 kW. Ce type de partenariat permet au groupe d’être présent sur de grands axes sans forcément porter seul tous les investissements.
Cette combinaison entre réseau maison Mobilize Fast Charge, partenariats avec d’autres acteurs et solutions de recharge à domicile ou en entreprise place Renault sur toute la chaîne de valeur de la recharge, tout en ajustant le curseur sur les projets les plus capitalistiques.
Un signal pour l’ensemble du marché de la recharge
Le choix de Renault envoie un signal à l’ensemble de l’écosystème de la recharge rapide. Après une phase d’hyper croissance du nombre de bornes, une phase de consolidation s’ouvre, où la rentabilité des stations et la qualité de service deviennent aussi importantes que le volume de points de charge installés.
Pour les collectivités, les foncières, les gestionnaires de parkings et les autres opérateurs, cette évolution rappelle qu’un projet de borne haute puissance doit s’appuyer sur :
- une estimation réaliste des flux de véhicules électriques attendus sur la zone ;
- une intégration fine dans l’écosystème local (commerces, services, axes routiers, zones d’activité) ;
- une vision de long terme sur l’évolution de la demande de recharge et des usages de la voiture électrique.
À mesure que le parc de véhicules électriques s’étoffera, le réseau Mobilize Fast Charge pourra être ré accéléré si les conditions économiques s’améliorent. D’ici là, la priorité affichée par Renault est de tirer le meilleur parti des stations déjà en service et de consolider le rôle de la recharge comme levier d’attractivité pour ses modèles électriques.
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