Face à la flambée des prix des carburants, près de 2 500 stations-service indépendantes ont décidé de rendre visible ce qui reste souvent opaque pour les automobilistes : la composition du prix à la pompe.
À l’initiative de l’association 40 millions d’automobilistes et de la Fédération nationale de l’automobile (FNA), une « opération transparence » a été lancée le 19 mars. Objectif : montrer concrètement où va l’argent payé à chaque plein, alors que les prix continuent de grimper sous l’effet des tensions géopolitiques.
Une initiative pour rendre lisible le prix du carburant
Dans les stations participantes, une affiche détaille désormais la décomposition du prix d’un litre de carburant. Un exercice pédagogique qui met en lumière un élément central : le poids prépondérant de la fiscalité.
Pour un litre affiché à 2 euros, la répartition est la suivante :
| Ce que vous payez : | Essence | Diesel |
| • Pétrole brut et raffinage HT | 0,70€ | 0,78€ |
| • Logistique et transport HT | 0,06€ | 0,06€ |
| • Marge HT | 0,067€ | 0,067€ |
| Taxes et contributions | ||
| • CEE1 HT | 0,15€ | 0,15€ |
| • Accise2 HT | 0,69€ | 0,61€ |
| • TVA 20% sur tout le HT | 0,333€ | 0,333€ |
| Total hors taxes & contributions : | 0,83€ | 0,91€ |
| Les taxes que vous payez TTC : | 1,17€ | 1,09€ |
1 Certificats d'économies d'énergie
2 Moyenne française actuelle
Autrement dit, près de six euros sur dix payés par l’automobiliste reviennent à l’État.
Des proportions confirmées par les données de l’Union française des industries du pétrole (Ufip), qui situent la fiscalité entre 50 % et 55 % du prix final.
Des stations indépendantes fragilisées
Derrière cette opération, un message clair : les stations-service ne sont pas les principales responsables de la hausse des prix. En effet, les professionnels du secteur dénoncent des marges « extrêmement limitées », en particulier pour les indépendants. Contrairement aux grandes enseignes ou aux groupes pétroliers, ces acteurs ne disposent pas de leviers pour absorber les hausses.
Leur marge moyenne tourne autour de quelques centimes par litre, insuffisante pour compenser les variations du marché. À l’inverse, les grandes surfaces peuvent proposer du carburant à prix réduit, voire à prix coûtant, en l’utilisant comme levier pour attirer des clients dans leurs magasins.
Une fiscalité au cœur du débat
Le prix du carburant en France est largement déterminé par les taxes. Trois niveaux de prélèvements s’appliquent :
- la TVA (20 %)
- l’accise sur les produits énergétiques (ex-TICPE)
- la TVA appliquée sur cette accise
En 2023, ces taxes sur le carburant ont généré 31,8 milliards d’euros de recettes pour l’État.
Cette fiscalité s’inscrit dans une logique de transition énergétique, visant à réduire la consommation de carburants fossiles. Mais elle reste politiquement sensible, notamment depuis le mouvement des Gilets jaunes.
Une pression accrue pour baisser les taxes
Dans un contexte de hausse rapide des prix liée aux tensions au Moyen-Orient, les associations d’automobilistes relancent leurs revendications. Elles demandent notamment :
- une baisse temporaire des taxes
- un meilleur encadrement des pratiques commerciales
- un soutien aux stations rurales et périurbaines
L’objectif est de limiter l’impact pour les consommateurs tout en préservant le maillage territorial des stations.
Un gouvernement qui ferme la porte à de nouvelles aides
Malgré ces demandes, l’exécutif reste prudent. Après les remises mises en place en 2022, pouvant atteindre 30 centimes par litre, le gouvernement exclut pour l’instant toute nouvelle baisse des taxes. La porte-parole du gouvernement a confirmé que « le scénario d’une baisse des taxes n’est pas envisagé », invoquant des contraintes budgétaires importantes. Une position qui contraste avec certains pays européens, comme l’Italie, qui ont opté pour des baisses temporaires de fiscalité.
Une bataille de perception autour du prix à la pompe
Au-delà des chiffres, cette opération vise à changer le regard des automobilistes. En rendant visible la structure du prix, les stations indépendantes cherchent à :
- clarifier les responsabilités
- corriger certaines idées reçues
- replacer la fiscalité au centre du débat
Dans un contexte de tension durable sur les marchés de l’énergie, cette « opération transparence » met en lumière une réalité souvent méconnue : le prix du carburant dépend autant de la fiscalité que des marchés pétroliers.
Pour les automobilistes, comprendre cette répartition devient essentiel pour mieux interpréter les hausses et les décisions politiques qui les accompagnent.
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