Le 14 janvier 2026, l’Armée de terre française a franchi une nouvelle étape dans l’intégration de la robotique et de l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. À Saint-Cyr-Coëtquidan, elle a lancé une phase d’essais opérationnels du véhicule terrestre sans pilote Hermione, une plateforme innovante fonctionnant à l’hydrogène, dans le cadre du programme Pendragon.
Cette expérimentation s’inscrit dans l’objectif stratégique de constituer, dès 2027, la première unité de combat pilotée par l’IA. Le programme Pendragon vise à anticiper les formes futures de la conflictualité, en améliorant l’autonomie des unités, la rapidité des cycles de décision et l’efficacité tactique au niveau du groupe de combat. Les travaux sont menés sous l’autorité du Commandement des combats futurs, en lien étroit avec l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense.
Hermione, une plateforme modulaire au cœur de l’expérimentation
Le système Hermione est issu d’un développement conjoint entre l’entreprise française H2X-Defense et la société polonaise PHU Lechmar. Présenté pour la première fois au public en septembre 2025 lors du salon MSPO de Kielce, il a été conçu non comme un véhicule figé, mais comme une plateforme modulaire capable d’évoluer selon les missions.
Hermione peut être configuré pour des fonctions de soutien logistique, de reconnaissance, de transport de drones ou, à terme, d’appui armé grâce à l’intégration de capteurs et de stations d’armes téléopérées. Dans sa version actuelle, il peut transporter jusqu’à 300 kilogrammes de charge utile, avec des évolutions prévues allant jusqu’à 600 kilogrammes, voire deux tonnes pour certaines variantes. Cette approche vise à mutualiser les systèmes de mobilité et d’énergie afin de couvrir un large spectre de besoins tactiques.
Sur le plan technique, le véhicule mesure 3,3 mètres de long, 1,85 mètre de large et 1,4 mètre de haut, pour un poids à vide de 700 kilogrammes. Il repose sur une transmission intégrale électrique, avec des moteurs de 8 kW intégrés aux moyeux, offrant une bonne motricité sur terrains dégradés. Sa vitesse maximale, limitée à 39 km/h, correspond davantage à l’accompagnement d’unités à pied ou aux déplacements logistiques qu’à des manœuvres rapides.
L’hydrogène au service de l’endurance et de la discrétion
L’un des points centraux de l’expérimentation concerne l’architecture énergétique d’Hermione. Le véhicule combine des piles à combustible à hydrogène, stocké dans des bouteilles haute pression certifiées, avec une batterie de 25 kWh. Cette configuration hybride permet une autonomie opérationnelle pouvant atteindre 20 heures, avec un ravitaillement réalisé en environ trois minutes ou par simple remplacement des bouteilles sur le terrain.
Au-delà de l’endurance, l’armée évalue également les avantages tactiques liés à cette motorisation : réduction du bruit, signature thermique plus faible et moindre dépendance aux carburants conventionnels. Ces critères sont particulièrement étudiés dans des scénarios d’opérations dispersées, où la logistique énergétique constitue un facteur déterminant.
Hermione est par ailleurs testé en complément d’autres solutions à hydrogène développées par H2X-Defense, notamment des générateurs mobiles capables de fournir entre 20 et 40 kW d’électricité. Ces équipements visent à alimenter capteurs, systèmes de commandement et plateformes robotiques, contribuant à la mise en place d’un réseau tactique plus autonome et résilient.
Une continuité avec les projets précédents
Ce programme s’inscrit dans la continuité des travaux menés par H2X Ecosystems, maison mère de H2X-Defense, sur les véhicules militaires à hydrogène. Dès 2022, l’entreprise avait développé le drone terrestre Weasel, dans le cadre d’une initiative de l’Armée de terre pilotée par le Battle-Lab Terre. Présenté à Eurosatory la même année, ce démonstrateur associait déjà piles à combustible et batteries lithium pour répondre aux besoins de mobilité et de projection de drones en environnement contraint.
Dans le cadre de Pendragon, Hermione a également été associé à des systèmes aériens captifs, permettant une surveillance continue depuis le sol jusqu’à plusieurs dizaines de mètres d’altitude. L’objectif est de tester l’intégration conjointe de moyens terrestres et aériens au sein d’un même dispositif tactique piloté par l’IA.
Vers la première unité robotisée pilotée par l’IA
Les essais menés à Saint-Cyr-Coëtquidan ne préjugent pas encore des choix d’acquisition définitifs. Ils visent avant tout à collecter des données opérationnelles sur l’autonomie, l’endurance, l’intégration et l’emploi tactique de systèmes robotisés à hydrogène. Ces enseignements serviront à définir les exigences de la future unité de combat pilotée par l’IA, dont la mise en service est envisagée à partir de 2027.
À travers le programme Pendragon et le démonstrateur Hermione, l’Armée de terre française explore ainsi une convergence stratégique entre robotique, intelligence artificielle et nouvelles solutions énergétiques, appelée à redéfinir en profondeur les modes d’action terrestres de demain.
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